Vers accueil A Propos d Hynose Metaphore Les théories de la communication

 


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Principes et Modèles

Une nouvelle étude des relations humaines se développe aux Etats-Unis pendant les années 50 et 60. Des groupes de travail se constituent, rassemblant des chercheurs venant d'horizons différents. Une nouvelle conception de la communication caractérise toutes ces recherches.

Le groupe le plus célèbre désigné par commodité par "l'école de Palo Alto" , sera fortement marqué par l'orientation théorique de l'anthropologue Gregory Bateson . D'autres penseurs présentent une convergence d'idées, comme les sociologues Edward T.Hall, Ray Birdwhistell et Erving Goffman .

Un certain consensus peut être repéré entre tous ces chercheurs. Yves Winkin estime qu'il se fonde sur une opposition commune à l'utilisation en sciences humaines du modèle de la communication de Shannon . Ce modèle mathématique mis au point par un ingénieur des télécommunications est un schéma linéaire avec une chaîne d'éléments qui unissent la source d'informations au destinataire. La communication y est appréhendée sur le modèle du télégraphe ou du téléphone. Au début de la chaîne le message est produit (la voix au téléphone), l'émetteur transforme le message en signal, lequel sera transporté par un canal (le câble téléphonique). A la fin de la chaîne, le récepteur transforme le signal en message pour le destinataire.
Wiener propose vers la même époque une approche opposée. A la place du schéma linéaire de Shannon, il décrit un schéma circulaire avec la notion de feed-back . Il invente la cybernétique en faisant du principe de feed-back (ou rétroaction) la clef de voûte de cette nouvelle science. Dans de nombreux systèmes, tout particulièrement dans les sciences sociales et biologiques, l'émetteur réajuste constamment son message en fonction de la réaction du destinataire.
Bibliographie:

WINKIN Y. - La Nouvelle Communication . Présentation Générale. in La Nouvelle Communication (Textes recueillis et présentés par Y.Winkin). Seuil, 1981.

La communication devient un objet d'étude spécifique en sciences humaines. Un changement de perspective radical est introduit. Si deux individus communiquent, peu importe de savoir leurs intentions ou leurs motivations. Ce qui se passe à l'intérieur de l'individu n'est pas l'objet de l'étude et seule la relation est envisagée. La perspective psychologique est remplacée par une perspective sociologique , où l'acteur social participe à la communication par ses paroles, ses gestes, ses vêtements, son regard, etc. Pour illustrer cette nouvelle approche, Winkin propose la métaphore de l'orchestre. Chaque participant fait partie de la communication d'ensemble, chaque musicien participe à l'orchestre. Le chercheur se place en observateur extérieur pour décrire la partition qui est en train de se jouer. Il étudie l'ensemble dans sa totalité et non pas les différents intervenants.
A propos de ce modèle Watzlawick s'exprime ainsi:

"Il se fonde sur l'échange d'information et ne pose pas la question de savoir pourquoi les gens se comportent comme ils le font mais plutôt comment les gens se comportent ici et maintenant.".
WATZLAWICK P. -(1977)- Entretien avec Paul Watzlawick par Carol Wilder . (Traduit par Simon J.P.) in: La Nouvelle Communication. Seuil, 1981.

Prenons un exemple pour illustrer cette démarche. Dans un train trois personnes sont assises dans un compartiment. Deux d'entre elles entament une conversation des plus banales pendant que la troisième est dissimulée derrière un journal qu'elle est supposée lire. La personne qui n'échange aucune parole, aucun regard, aucune mimique, protégée par son journal, participe consciemment ou non, à la communication des deux autres. Pour ne pas le déranger, les deux interlocuteurs diminuent sans doute l'intensité de leur voix, et si le troisième individu se met à tourner plus rapidement les pages de son journal, ils en arriveront peut-être progressivement à chuchoter tout doucement. Si d'aventure une quatrième personne entrait à ce moment dans le compartiment, elle se demanderait logiquement quel secret les deux premiers peuvent bien se raconter. Cette question parait valable parce que cette personne n'envisage pas la communication dans son ensemble avec les trois protagonistes.

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La critique de la psychologie classique

Débarrassé des catégories de la psychologie, comme la notion d'intentionnalité, le domaine de la communication est très vaste et devient celui de tous les comportements humains.

Hall par exemple, avec son concept de proxémie , étudie la distance séparant les individus les uns des autres en fonction des circonstances. Il démontre l'existence d'un code sur le modèle de celui du langage, auxquels tous les membres d'une même culture se réfèrent consciemment ou non. Si une personne se place à 50 cm d'une autre avant même d'avoir parlé, elle communique déjà quelque chose. Cette même distance dans une autre culture pourra avoir une toute autre signification.
Bibliographie:

HALL T.E. -(1966)- La Dimension Cachée . (Traduit par A. Petita). Seuil, 1971.

Ces courants de pensée proposent une nouvelle épistémologie . C'est particulièrement net avec Gregory Bateson. L'activité du chercheur en sciences humaines n'est pas étrangère au langage et à la communication. Face à un événement, il effectue un recodage qui maintient toujours une distance avec l'objet de l'étude. Ce recodage introduit inévitablement une perte de l'information et une sélection des données. Les concepts issus du recodage ont un sens dont le domaine de validité se limite à un certain point de vue.

Malheureusement pour le chercheur en science sociale, il n'existe aucun point de vue d'où il puisse saisir la totalité des faits. Bateson reproche aux sciences du comportement humain d'avoir oublié que la plupart de leurs concepts ne sont pas des objets d'étude mais uniquement des mots obtenus après recodage . Cette erreur épistémologique produit une réification des concepts, et la plupart des notions explicatives ainsi produites comme "le soi", l'esprit", "l'intelligence", "l'intentionnalité" restent très imparfaites. Pour Bateson, elles apportent une explication aussi valable que la réponse du docteur de Molière aux savants qui lui demandaient la raison pour laquelle l'opium faisait dormir: "Parce qu'il contient un principe dormitif"
Bibliographie:

BATESON G. -(1972)- Vers une Ecologie de l'Esprit. (Traduit par Drosso F, Lot L. et coll.). Seuil, 1980.

De ce point de vue la théorie de la suggestion en hypnose est analogue. Comment se fait-il que le sujet hypnotisé devienne sensible à certaines suggestions jusqu'à halluciner ce qui lui est proposé de voir? La réponse des théories de la suggestibilité est particulièrement tautologique : parce que l'hypnose augmente la suggestibilité. Ce concept n'est pas une "chose en soi" représentant une propriété du psychisme. La suggestibilité n'est que la description d'un certain type de relations, dépeinte sous un certain angle.

1994 - mars 1999 - © Serge Delègue

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