Vers accueil A Propos d Hynose MetaphoreLes limites de la méthode expérimentale

 


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Les échelles hypnotiques

La standardisation nécessaire aux études utilise des échelles de mesure de l'hypnose. Elles sont dites échelles de susceptibilité hypnotique. Il en existe deux. La première, élaborée par Weitzenhoffer et Hilgard , est l'échelle de Stanford , et la deuxième, élaborée par Harvard est une adaptation de la précédente pouvant être utilisée dans des hypnotisations collectives.

Pour des raisons pratiques d'objectivation des phénomènes, ces échelles ne sont en fait que des évaluations de la suggestibilité .
Elles proposent une série de suggestions visant l'apparition d'un état hypnotique comparé au sommeil et l'apparition des phénomènes hypnotiques classiques. Plus le sujet répond aux suggestions, plus il a un score élevé. On propose ainsi une inclinaison irrésistible de la tête, la fermeture des yeux, un état de laisser-aller, de détente et de somnolence, puis une série de phénomènes classiques comme la paralysie et la rigidité d'un bras, l'hallucination d'une mouche, etc.

Ces échelles ont un double emploi. Elles servent d'induction standardisée et d'évaluation de l'état hypnotique. Les deux phénomènes, suggestibilité et hypnotisabilité, sont liés par le protocole expérimental .

Comment mesurer autrement l'hypnose que par la production des phénomènes suggérés? Et comment mesurer l'hypnose en sachant qu'elle n'est pas réductible à la suggestibilité?

Les deux notions d'hypnose et de suggestibilité, séparées par les faits expérimentaux, sont en pratique confondues pour des raisons d'évaluation.

Le vécu subjectif de la transe

L'autre possibilité, plus correcte en théorie, est l'évaluation par les sujets hypnotisés de l'hypnose après la séance. Cette méthode est conforme avec les faits expérimentaux soulignant l'importance du "fonctionnement mental".

La difficulté rencontrée actuellement est de standardiser les réponses devant la très grande variation des vécus subjectifs des hypnotisés. Par ailleurs, il est certain que l'adéquation entre le vécu du sujet pendant l'hypnose et ce qu'il peut en dire ensuite n'est pas parfaite. Il suffit pour cela de se rappeler la possibilité d'une amnésie totale ou partielle de la séance.( cf CHERTOK L., MICHAUX D., PEUCHMAUR-LE JEUNE P., BLEIRAD G .- Recherches Expérimentales et Cliniques sur l'Hypnose . Santé Mentale, n. spécial hypnose, 1978 :28-44.)

Certains utilisent une auto-cotation pendant l'hypnose. De la même manière que "l'observateur caché" de Hilgard peut évaluer correctement l'intensité de la douleur, il reste toujours présent dans les états hypnotiques et garde la notion du contexte hypnotique. Il est ainsi demandé au sujet de chiffrer sa profondeur de transe.

Il serait intéressant de comparer ces trois possibilités de cotation. A notre connaissance cela n'a pas été fait.

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Milton H. Erickson

Milton Erickson insiste sur l'importance de l'expérimentation en hypnose, mais il rappelle que les individus sont si différents les uns des autres que les techniques standardisées ne peuvent jamais rendre justice au sujet.

Certaines personnes sont sensibles aux suggestions et aux attitudes directives alors que d'autres résisteront à de tels procédés. Dans ces cas, il serait faux de conclure à l'impossibilité d'une hypnotisation. La seule conclusion possible est : avec cette méthode la personne n'est pas hypnotisable. L'approche exploratrice des processus mentaux doit être individualisée en tenant compte des différences individuelles et des cadres de référence propres au sujet .

Erickson rappelle aussi que de nombreuses personnes ont besoin de temps et d'entraînement pour fonctionner d'une manière hypnotique. Des expériences n'arrivent pas à retrouver certains résultats à cause de l'entraînement hypnotique insuffisant de leurs sujets. L'étude des processus mentaux hypnotiques appelés processus inconscients par Erickson nécessite une approche individualisée pour laisser se manifester les phénomènes.

Les inductions standardisées ne répondent pas à cette nécessité. Les chiffres d'hypnotisabilité de la population générale sont très variables et tournent généralement aux alentours de 60 à 80%. Ces chiffres ne reflètent pas la réalité clinique, ils sont biaisés par le protocole expérimental .
Erickson donne les cas extrêmes de deux sujets expérimentaux: le premier eut besoin de trente secondes pour développer une transe hypnotique alors qu'un deuxième nécessitât en tout 300 heures de travail. La technique d'induction doit être orientée sur le sujet. La réponse hypnotique est variable. Certains sujets par exemple ne développeront jamais une catalepsie, d'autres ne la développeront qu'en liaison avec d'autres comportements hypnotiques. Il n'est pas possible d'utiliser de tels phénomènes comme indicateurs de transe. C'est la critique de la notion de profondeur liée aux phénomènes .

La recherche ne doit pas non plus oublier l'importance du contexte dans lequel se déroule une hypnotisation. Nous avons vu que la sensibilité du phénomène hypnotique présente de telles variables. Pour cela, Erickson rappelle qu'il ne faut pas confondre la recherche expérimentale en laboratoire et la recherche clinique dans un cabinet de consultation . Les enjeux, avec les attentes et les besoins du patient, très différents dans les deux cas, ont une influence sur le comportement hypnotique. Barber a démontré l'importance de la motivation dans la production des phénomènes hypnotiques. Il est évident que cette motivation est différente dans la situation clinique et dans la situation expérimentale.

Dernier point important rappelé par Erickson: l'expérimentation ne doit pas oublier que l'hypnose a une dimension relationnelle (interpersonnelle)

Bibliographie :
ERICKSON H. M.
- The Nature of Hypnosis and Suggestion . volume 1.
- Hypnotic Alteration of Sensory, Perceptual and Psychophysiological Processes , volume 2,
in: The collected papers of Milton H.Erickson on hypnosis Irvington, New-York, 1980.

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Le facteur relationnel

La recherche expérimentale a surtout essayé de supprimer le facteur relationnel. Elle tente d'étudier le phénomène en supprimant toutes les influences provoquées par le contexte et surtout par l'expérimentateur.

"La démarche expérimentale suppose un phénomène purifiable, que l'expérimentateur peut définir objectivement. Les expérimentateurs ont par définition une crainte, celle de confondre le fait et l'artefact, celle de produire, par leurs opérations, le phénomène que ces opérations devaient permettre d'isoler et d'étudier objectivement."
CHERTOK L. et STENGERS I. - L'Hypnose, Blessure Narcissique . Les empêcheurs de penser en rond, ed Laboratoires Delagranges, 1990.

L'hypnose se prête mal à ces impératifs. La relation hypnotiseur-hypnotisé n'est pas un biais à faire disparaître, elle est une dimension importante du phénomène étudié . Même si toute la gamme des réponses hypnotiques apparaît n'être qu'une construction réalisée par l'hypnotiseur et l'hypnotisé, ces faits, certes non isolables du contexte hypnotique, n'en seraient pas moins réels.

"L'hypnose établit une relation alors que l'expérimentation exige, pour permettre un jugement, la séparation".
(id, Chertok et Stengers , 1990)

Conclusion.

A la fin du XIXème siècle, l'étude de l'hypnose, a permis l'apparition de la psychologie expérimentale.
Paradoxalement, les méthodes alors mises au point apparaissent aujourd'hui inadéquates pour poursuivre l'exploration et la compréhension de l'hypnose.

Le développement de nouvelles méthodes scientifiques doit favoriser des études individualisées, centrées sur le sujet. L'influence de l'expérimentateur et la dynamique relationnelle ne doivent plus être considérées comme des artefacts mais doivent devenir un des objets des travaux de recherche . Cela nécessite sans doute de nouveaux modèles théoriques que le comportementalisme ne peut pas fournir.

Cette expérimentation apporte néanmoins des résultats importants. L'hypnose n'est pas une forme de sommeil , pas plus qu'une manifestation hystérique . Elle n'est pas réductible à la suggestibilité . Aucune des théories des siècles précédents n'est recevable. Par contre, les "préconceptions" de l'hypnotisé et les idées théoriques de l'expérimentateur influencent le phénomène hypnotique.

Ce que l'hypnose n'est pas, continue sans doute aujourd'hui à influencer le déroulement des transes. Chaque théorie passée a privilégié ses propres phénomènes hypnotiques . Les signes neuro-musculaires, avec la catalepsie, la paralysie, la lévitation d'un bras, nous rappellent l'hypnose de Charcot. L'endormissement, la détente, la fermeture des yeux, l'amnésie au réveil nous rappellent le Braidisme. La suggestibilité nous rappelle Bernheim. Les modifications de la personnalité, les personnalités multiples hypnotiques nous rappellent Puységur. Les nouvelles théories, plus psychologiques, continuent à exercer une influence sur le déroulement de la transe. De manière caricaturale, l'hypnose ressemble beaucoup plus aujourd'hui à un exercice de méditation qu'à une crise de possession Mesmerienne. L'hypnose est surdéterminée par la culture , et comme tout produit culturel (c'est à dire humain), son étude scientifique et objective est délicate.

1994 - mars 1999 - © Serge Delègue

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