Vers accueil A Propos d Hynose MetaphoreL'échec de l'école de La Salpêtrière.

 


 

Les descriptions modernes de l'hypnose ont conservé de nombreux signes décrits par Charcot et ses disciples. Le somnambulisme, la léthargie et la catalepsie en sont les principaux.

Cependant, l'essentiel des phénomènes observés à l'hospice de la Salpêtrière ont très vite fait l'objet d'une sévère critique et malgré le renom de Charcot, peu après sa mort, ils ont été très rapidement abandonnés.

L'hypnose de la Salpêtrière est devenue une "hypnose de culture" , un produit fabriqué, dénué de toute valeur scientifique. Même Babinski, pourtant un des plus fidèles disciples de Charcot, abandonne tout cet enseignement et relègue l'hystérie et l'hypnose dans le pithiatisme.

Le projet de Charcot était de faire un hypnotisme scientifique.

"Il était réservé à un homme illustre, préparé de longue date à ces études difficiles par une connaissance approfondie des maladies du système nerveux, au Pr. Charcot, de faire de l'hypnotisme une véritable science1 ."
Gilles De La Tourette . L'Hypnotisme . Plon.Paris, 1887 .

 

"L'état hypnotique n'est autre qu'un état nerveux artificiel [...] dont les manifestations multiples apparaissent ou s'évanouissent suivant les besoins de l'étude au gré de l'observateur.".
Charcot, (1881) . in CHERTOK L .L'Enigme de la Relation au Coeur de la Médecine. Les empêcheurs de tourner en rond, ed. Laboratoires Delagrange ed. 1992.

L'une des raisons de cet échec est sans doute le modèle scientifique utilisé par Charcot. Neurologue de formation, il a voulu faire de l'hypnose une maladie neurologique. Lui et ses disciples ont dressé un répertoire de signes cliniques impressionnant de précision sans jamais se poser la question de leur propre rôle dans la production des phénomènes observés.
Brillants cliniciens, ils pensaient être des observateurs, mais ils étaient, au moins en partie, producteurs des phénomènes hypnotiques. Pour correctement décrire l'hypnose, il leur manquait un modèle scientifique capable d'englober l'action de l'expérimentateur.

Plus précisément, Charcot utilise une démarche clinique qu'il appelle "méthode nosologique" . Elle consiste à trouver la forme complète d'une maladie, puis à la diviser en différents types . Cette méthode, a priori uniquement empirique, conduit à privilégier les tableaux cliniques supposés les plus représentatifs sans se soucier de leur fréquence réelle. La grande hystérie (ou hysteria major) est reconnue comme rare et pourtant c'est la seule intéressante scientifiquement. Charcot étudie des maladies et non des malades. Les manifestations du grand hypnotisme sont tout aussi rares et Richer (élève de Charcot à la Salpêtrière) admet à propos des états types du grand hypnotisme ne les avoir " rencontrés depuis bientôt six ans [...], que sur sept ou huit malades..." (in BERCHERIE P . - La Genèse des Concepts Freudiens . Navarin Editeurs, 1983).

 

L'échec de l'école de la Salpêtrière a au moins le mérite de nous montrer l'insuffisance d'une simple description des signes hypnotiques . L'étude des phénomènes hypnotiques de la Salpêtrière nous en apprend beaucoup plus sur la conception théorique de ses auteurs qu'elle ne nous éclaire sur la nature de l'hypnose.

1994 - mars 1999 - © Serge Delègue

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