Vers accueil A Propos d Hynose MetaphoreNeurhypnologie.
Traité du sommeil nerveux ou Hypnotisme par
JAMES BRAID


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Archaïsme et modernité de Braid

Avec le recul, nous voyons ce qui semble être une hypnose archaïque. Ce supposé archaïsme peut être utilisé pour rendre invisible nos archaïsmes modernes et ainsi mieux affirmer une pseudo modernité. Le contraire est : l'études des vieux maîtres peut nous servir aujourd'hui à mieux comprendre l'hypnose et à enrichir notre pratique.

Un hypnotisme scientifique

Braid observe des faits. Il veut se démarquer du magnétisme animal. Pour se faire, il va par exemple démontrer que l'air sorti de sa bouche ou produit par ses mains, a les mêmes effets chez l'hypnotisé qu'un courant d'air produit par un objet inanimé ; l'hypothèse d'un fluide est donc superflue. (cf Braid page 34)

A partir de Braid, c'est la stimulation qui provoque la réaction hypnotique par l'intermédiaire de l'appareil neurologique. Dans sa description de l'hypnose, c'est le sensoriel, avec des sens exaltés ou endormis, et le tonus musculaire, qui sont privilégiés. Il montre bien que la possibilité de s'hypnotiser soi même témoigne d'une absence de facteur relationnel fluidique (page 36). Ce sont maintenant les centres nerveux qui réagissent.

Etatistes et anti-étatistes : déja le faux débat

Nous retrouvons là, les deux termes du futur débat : étatistes contre anti-étatistes. A l'époque les tenants du relationnel sont les fluidistes, contre les étatistes qui sont "neurologiques".
Avec Bernheim, la suggestion viendra prendre la place du fluide. Un agent relationnel psychologique prendra la place d'un agent physique.
Etatistes ou anti-étatistes (les modernes comme les anciens) se trompent peut-être tous les deux en défendant un modèle unique de l'état hypnotique ? En séparant deux groupes de phénomènes hypnotiques, avec des mécanismes et des logiques différents ne devient-t-il pas possible de dépasser la fausse querelle étatistes contre anti-étatistes ?
Il s'agit de distinguer le contenu de la transe variable culturellement, de son cadre qui signe cette rupture avec l'état habituel. La capacité à passer d'un cadre à un autre, est une capacité différente de celle qui permet d'avoir un contenu au cadre. Cette deuxième est du côté du "culturel", elle est liée à l'époque. Elle peut très bien être véhiculée par l'hypnotiseur mais l'hypnotisé aussi apporte un contenu ( L'auto-hypnose est, elle aussi, déterminée dans son contenu, par l'époque et le contexte culturel). La capacité d'une transe (construction d'un cadre) est indépendante de la forme (le contenu) qu'elle peut prendre. Ce qui est constant dans l'état hypnotique, indépendamment des styles, des époques et des théories, c'est le changement, le "recadrage".

Braid contre le magnétisme et la théorie de l'imagination

Braid observe chez ses patients des faits ; il peut les vérifier. Il n'envisage pas que c'est son modèle hypnotique qui produit ces phénomènes. Après le magnétisme, il combat aussi la théorie de l'imagination , mais celle-ci semble provoquer son mépris sans qu'il ne propose de véritable contre-argumentation (note bas de page page39). Pourtant, souvent, à son insu ou sans vouloir aller jusqu'au bout de sa réflexion, il évoque l'importance de la théorie et de l'opinion dans la production du phénomène hypnotique. Il le dit presque, dans cette note de bas page en précisant "pour tous ceux qui comprennent la théorie". Il nous semble plus perspicace lorsqu'il combat le magnétisme, et beaucoup plus indulgent avec sa "neurhypnologie" ainsi page 40 ne nous décrit-t-il pas le rôle de l'influence et des idées
Le magnétisme, qu'il rebaptisera, devient de nouveau un sujet digne d'intérêt car après avoir vu une démonstration de Lafontaine, il remarque un sujet qui ne peut plus ouvrir ses yeux et il lui semble que ce phénomène mérite une étude ne pouvant être expliquée par les théories admises ."L'imagination excitée ", la "sympathie" ou "l'imitation" si proche de la "connivence" et la "supercherie" ne sont plus avec Braid la seule alternative à la théorie magnétique (page 38).
Reconnaissons tout de même à James Braid cette clairvoyance et sa rigueur lorsqu'il admet chez le sujet entraîné l'action suffisante de l'imagination, le rôle de "l'association des idées", de "l'habitude", et surtout, le rôle de la croyance. Peut-être il aurait-il gagner à privilégier la fixation de l'esprit à la fixation des yeux.

L'intérêt des textes classiques

La théorie prédit une série d'événements, de phénomènes observables. C'est elle qui opère. Elle construit un cadre. Aujourd'hui, la "théorie" a changé, l'hypnose construit un autre cadre, d'autres phénomènes sont plus volontiers observés car mieux congruents avec l'époque et l'air du temps (détente confort, moins de phénomènes neurophysiologiques, plus de phénomènes psychologiques ou psychiques).

C'est bien là que nous préférons situer la spécificité de la transe hypnotique. Ce n'est pas tant une situation où tel ou tel phénomène va s'observer, mais c'est un changement de cadre, un passage. Avant la transe, le courant d'air n'a pas d'effets, pendant il se met à produire des "effets extraordinaires". La transe hypnotique, c'est cette possibilité de modification des évènements observés en changeant le "cadrage" ; c'est à dire en changeant la manière avec laquelle nous donnons en sens à ce qui se passe autour de nous.

Une pratique moderne de l'hypnose pourrait plus facilement nous faire croire que l'état hypnotique est une sorte de relaxation où se manifeste "une créativité inconsciente". Cela est souvent décrit aujourd'hui, comme était observé à l'époque de Braid les effets du courant d'air, mais cela ne nous dit rien sur la spécificité de l'état hypnotique.

Ainsi, les textes anciens, avec toute leur distance avec nos "théories modernes", peuvent nous en apprendre beaucoup plus que certains textes actuels. Avec un peu de recul les choses peuvent mieux être appréhendées.

Le texte de James Braid est paru en 1843. L'édition originale en anglais est disponible sur le serveur de Gallica (BNF). voir la page Gallica

couverture

NEURHYPNOLOGIE
_________
TRAITÉ DU SOMMEIL NERVEUX
ou
HYPNOTISME
par
JAMES BRAID

TRADUIT DE L'ANGLAIS
PAR
LE DR JULES SIMON
ANCIEN INTERNE A L'HOPITAL DE ROTHSCHILD

AVEC PRÉFACE
DE
C.E. BROWN-SEQUARD
PROFESSEUR DE MÉDECINE AU COLLÈGE DE FRANCE

"le scepticisme illimité est aussi
bien l'enfant de l'imbécillité que la
crédibilité absolue."
DUGALD STEWART  

_____________________

PARIS
ADRIEN DELAHAYE ET EMILE LECROSNIER, ÉDITEURS
23, PLACE DE L'ÉCOLE-DE-MÉDECINE
1883

CHAPITRE II Mode d'hypnotisation

Nous proposons ici l'intégralité du chapitre 2 : Mode d'hypnotisation.
Ici,les pages sont de tailles très inégales car nous avons restitué les notes de bas de page en bloc alors que dans le livre elles sont écrites sur plusieurs pages successives.
Les mots sont mis en italique comme dans le texte original.
Ici, les mots ne sont pas coupés par le changement de page.

page 32

Je vais maintenant exposer la méthode dont j'use pour provoquer les phénomènes. Prenez un objet brillant quelconque (j'emploie habituellement mon porte -lancette)entre le pouce, l'index et le médius de la main gauche ; tenez-le à la distance de 25 à 45 centimètres des yeux, dans une position telle au-dessus du front que le plus grand effort soit nécessaire du côte des yeux et des paupières pour que le sujet regarde fixement l'objet1 . il faut faire

1. Au commencement de mes recherches, j'attachais un bouchon sur le front du patient et je le lui faisais regarder. Ce procédé était très efficace avec ceux qui pouvaient faire converger les yeux de manière à les tenir tous deux constamment dirigés sur l'objet. Mais je m'aperçus bientôt qu'un grand nombre de patients ne pouvaient maintenir les deux yeux constamment fixés sur un objet aussi rapproché et que pour ces derniers le résultat était nul, l'hypnotisation n'avait pas lieu. Pour tourner la difficulté, je leur fis regarder un point plus éloigné ; et quoique cette méthode ne soit ni aussi rapide ni aussi intense dans ses effets, elle réussit plus uniformément que la première, et c'est celle que j'adopte et que je recommande définitivement.

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entendre au sujet qu'il doit tenir constamment les yeux fixés sur l'objet et l'esprit uniquement attaché à l'idée de ce seul objet. On observera qu'à cause de l'action synergique des yeux, les pupilles se contracteront d'abord ; peu après elles commenceront à se dilater, et après s'être ainsi considérablement dilatées et avoir pris un mouvement de fluctuation, si les doigts indicateurs et médians de la main droite, étendus et un peu séparés, sont portés de l'objet vers les yeux, il est très probable que les paupières se fermeront involontairement avec un mouvement vibratoire. S'il n'en est pas ainsi, ou si le patient fait mouvoir les globes oculaires, demandez-lui de recommencer, lui faisant entendre qu'il doit laisser les paupières tomber quand, de nouveau, vous porterez les doigts vers les yeux, mais que les globes oculaires doivent être maintenus dans la même position et l'esprit attaché à la seule idée de l'objet au-dessus des yeux. Il arrivera, en général, que lesyeux se fermeront avec un mouvemet vibraoire c'est à dire, d'une façon spasmodique. Après un intervalle de dix ou quinze secondes, en soulevant doucement les bras et les jambes, on trouvera que le patient, s'il est fortement affecté, a une disposition à les garder dans la position où ils ont été placés. S'il n'en est pas ainsi, demandez-lui d'une voix douce, de maintenir les membres étendus ; de la sorte, le pouls ne tardera pas à s'accélérer beaucoup, et les membres au bout de quelque temps, deviendront rigides et involontairement fixes. On trouvera aussi que, à part la vue, toutes impressions des sens spéciaux,y compris les sensations

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de chaud et de froid, celle d'activité musculaire ou de résistance et certaines facultés mentales sont d'abord prodigieusement exaltées, comme il arrive dans les effets primitifs de l'opium, du vin et de l'alcool. Toutefois, après un certain moment; cette exaltation fonctionnelle est suivie d'une dépression beaucoup plus grande que la torpeur du sommeil naturel1. Les sens spéciaux et les muscles peuvent passer instantanément, les uns, de la plus profonde torpeur, les autres de la rigidité tonique à la condition opposées d'extrême mobilité et de sensibilité exaltée ; il suffit de diriger un courant d'air sur l'organe ou les organes que nous désiront exciter, ou les muscles que nous désirons rendre souples et qui avaient été dans un état cataleptiforme. Par le seul repos, les sens rentreront dans leur premier état. Je me déclare absolument incapable d'expliquer le modus operandi du courant d'air qui produit des effets aussi extraordinaire, mais je n'ai aucune difficulté à reproduire ces mêmes effets par le même moyen, que le courant d'air soit produit par les lèvres, par un soufflet, par le moyen de la main, ou par un objet inanimé quelconque. L'étendue et la soudaineté de ces transitions sont telles qu'il faut les voir pour en admettre la possibilité.

1. Je désire appeler l'attention sur les points suivants : nombre de personnes perdant de vue le fait que la première période de cet hypnotisme artificiel est une période d'excitation avec conservation de conscience et de docilité, s'imaginent qu'elles ne sont pas affectées ; cependant, pour tous ceux qui comprennent la théorie, l'acélération du pouls, l'expression particulière inscrite sur toute la personne, et d'autres symptômes caractéristiques, ne laissent aucun doute sur l'existence de ce phénomène. Je considère comme très imprudent de porter l'hypnotisation à sa période ultérieure, c'est-à-dire jusqu'à la torpeur lors d'un premier essai. Il y a de plus une grande différence dans la susceptibilité des sujets a impression névro-hypnotique; quelques-uns arrivent à l'état de rigidité et d'insensibilité en peu de minutes tandis que d'autres, entrant facilement dans la période primaire, peuvent à peine être amenés à la période ultérieure, à l'état de rigidité et de torpeur. Il est aussi très important de noter que de nombreux cas de guérison remarquable et définitive ont lieu, sans que l'hypnotisation ait jamais dépassé l'état de conscience.

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Un coup soudain, ou une pression sur un muscle rigide fait cesser l'hypnotisation d'une partie rigide ; mais j'ai trouvé que la pression exercée sur le nez ne rappelle pas l'odorat, à moins qu'elle ne soit douceet prolongée ; un mouchoir pressé contre l'oreille ne rappelle pas non plus l'ouïe, quand cet organe est frappé d'inertie ; il en est de même de la friction douce sur la peau, qui ne ramènera pas la sensibilité endormie, ni ne rendra la mobilité aux muscles rigides sous-jacents (à moins que cette friction, dans sa légèreté, ne soit que de la titillation) et cependant un léger courant d'air ranime instantanément la sensibilité et la mobiité de tous ces organes, et cela jusqu'à un point anormal. Ce fait m'embarasse et m'intrigue à l'excès. Au début je demandais au malades de regarder un objet jusqu'à ce que les paupières se fermassent d'elles-mêmes, involontairement. Cependant j'ai trouvé, dans un bon nombre de cas, que ce procédé était accompagné de douleurs dans les globes oculaires et de légère inflammation dans les conjonctives. Pour éviter ce désagrément, je fais maintenant fermer les paupières l'impression susdite sur la pupille a eu lieu ; je trouve qu'on obtient de bons résultats quand les globes oculaires sont tenus fixés ; grâce à cette méthode, les manifestations douloureuses sont également prévenues.

Si l'on propose de produire chez la personne oérée, l'étonnement qui résulte de l'impossibilité où elle se trouve d'ouvrir les yeux, la première méthode est la meilleure ; les yeux une fois fermés, il lui est en général impossible de les ouvrir, tandis que par l'autre procédé on peut les rouvrir pendant ne période de temps assez longue après qu'ils se sont fermés. Toutefois, dans un but thérapeutique, je préfère le procédé qui ne provoque pas de douleurs dans les globes oculaires.

Enfin, d'après l'analyse exacte de mes nombreuses expériences, j'en suis arrivé à la conclusion suivante : c'est en vertu d'une loi de l'économie animale que, par une fixation prolongée de l'oeil visuel et mental, sur un objet quelconque

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qui n'est pas par lui-même de nature excitante, avec repos absolu du corps et quiétude parfaite à tous autres égards, l'organe visuel se fatigue ; pourvu que les patients favorisent la sensation de stupeur dont ils se sentiront bientôt envahis, plutôt qu'ils ne lui résistent, il se produit un état de somnolence accompagné de cette condition du cerveau ou du sytème nerveux en général, qui les met dans cet état hypnotique, variant selon de manipulation.

L'expérience réussissant chez les aveugles, je crois que ce n'est pas tant par le nerf optique que se fait l'impression que par les nerfs sensitifs, moteurs et sympathiques et par l'esprit. C'est, à mon sens évidemment en vertu d'une loi de l'économie animale que de tels effets suivent de semblables conditions du corps et de l'esprit, aussi je n'ai pas hésité à admettre ce phénomène comme un fait indéniable. Quant au modus operandi, nous ne pourront peut-être jamais l'expliquer de manière à répondre à toutes les objections ; mais il nous est également impossible de dire pourquoi la loi de la gravitation agit comme nous le fait voir l'expérience. Notre ignorance des causes de la gravitation ne nous empêche pas de tirer parti de l'ensemble des faits connus qui s'y rapportent ; de même, notre ignorance à l'égard de la totalité des lois de l'état hypnotique ne doit pas nous empêcher de l'étudier d'une façon pratique et de l'appliquer, quand nous pouvons, dans les cas où il peut-être avantageux.

Je suis convaincu que les phénomènes sont uniquement provoqués par une impression faite sur les centres nerveux, par la condition physique et psychique du patient, à l'excusion de toute autre force provenant directement ou indirectement d'autrui. En effet, chacun peut s'hypnotiser soi même, en suivant strictement les simples règles que j'indique. Le fait suivant, qui me fut communiqué ainsi qu'à deux autres personnes par un instituteur des plus honorables, en est un exemple frappant : il s'aperçut que plusieurs de ses élèves avaient pris l'habitude de s'hypnotiser ;

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Il leur défendit de continuer. Cependant il apprit un jour qu'une élève s'était hypnotisée en regardant un mur et que ses compagnes lui avaient mis une plume en main, avec laquelle elle avait écrit le mot «Manchester;» elle serait fortement sa plume ; de fait, ses doigts avaient la rigidité cataleptiforme. Il lui parla d'une voix douce et l'appela. Elle se leva et s'avança vers lui ; puis étant réveillée, ne put se rappeler qu'elle avait été appelée, ni ce qui s'était passé.

J'ai voulu me rendre compte des modifications qui peuvent survenir par suite d'une altération électrique ou magnétique chez les patients que je fis examiner avant, pendant, et après l'hypnotisation ; mais malgré un examen très minutieux et le secours d'excellents instruments on ne put, découvrir dans leur état aucune différence appréciable. On a hypnotisé des sujets chargés d'électricité positive ou négative, sans que les phénomènes en fussent modifiés d'une façon appréciable ; ces derniers paraissent donc provoqués independamment des modifications électriques ou magnétiques. J'ai aussi à plusieurs reprises, fait pratiquer l'hypnotisation réciproque à deux sujets au même moment et par le contact direct. Comment ce fait pourait-il se concilier avec la théorie d'une influence spéciale transmise et causant les phénomènes, l'électricité positive et l'électricité négative produisant un égal effet ?

On n'est pas sans savoir que parfois les phénomènes d'hypnotisme se manifestent spontanément dans le cours des maladies.

Le rédacteur de The Lancet, l'un des plus grands adversaires du mesmerisme, admet même aujourd'hui, dans son article éditorial du 4 février 1843, que les phénomènes « ne sont étonnant que pour ceux qui ne connaissent pas l'aspect des maladies ;» et « que nous voyons continuellement des malades souffrant d'hystérie et d'affections nerveuses analogues tomber soudain dans différents états de stupeur, de transe et de convulsions, sans qu'on puisse assigner à ces états une cause quelconque ». Si l'on reconnaît

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que de tels effets peuvent résulter d'influences assez légères « pour qu'on ne puisse leur assigner une cause quelconque, » s'étonnera-t-on que d'importantes modifications puissent être provoquées par l'action sur le système nerveux de la manière que j'ai adoptée. La compétence de M. Herbert Mayo n'est mise en doute par personne quand il s'agit de se prononcer sur un sujet physiologique quel qu'il soit ; lui-même s'était laissé hypnotiser en public par moi. Cette autorité a dit, dans le cours de notre correspondance : « Il se développe un sentiment de stupeur qui a tendance à envahir l'individu et que peuvent observer tous ceux qui essaient de regarder fixement un objet de la façon que vous indiquez.»

J'ai cru bon, et pour des raisons énoncées dans l'introduction, d'adopter définitivement la dénomination que j'avais choisie.

Un patient peut-être hypnotisé en tenant les yeux fixés dans une direction quelconque. L'hypnotisation se produit très lentement et très faiblement quand les yeux sont dirigés en avant, très rapidement et très énergiquement quand ils peuvent être maintenus dans la position d'un stabisme double interne et supérieur1.

Il est assez amusant de voir jusqu'à quel point on peut dénaturer les pensées les plus claires d'un auteur. On a dit que l'écrivain de quelques articles sur le magnétisme animal, articles publiés dans la Medical Gazette de Londre de 1838 connaissait mon mode d'opération. Il dit, page 856 : « Sur la plupart des personnes on n'observe aucune influence. » Comment ceci s'accorde-t-il avec le succès universel de ma méthode, comme je l'ai exposé page 29 ? « Sur les personnes les moins impressionnées, il se produit un certain nombre de symptômes anormaux légers. » Puis il décrit ces sensations de chaleur et de froid, celles de fourmillement et de tremblement, qui, ajoute-t-il, « ne sont que les sensations imaginaires qu'éprouvent la plupart des personnes, si leur attention est fortement dirigée sur une partie quelconque du corps, surtout (comme il en est souvent des sujets magnétiques) si elles s'attendent à la production de quelque phénomène ». Tels sont les symptômes que cet auteur attribue à « l'attention »; mais sont-ce là les symptômes ou les phénomènes produits par l'hypnotisme, tel que nous l'indiquons dans le chap.IV ? Ou bien y a-t-il la plus légère ressemblance dans la cause? D'après les vues de cet auteur, ces symptômes sont le résultat de « l'attention fortement dirigée sur différentes parties du corps,» tandis que pour le moi, c'est l'attention fixée à quelque chose en dehors du corps. La meilleure manière, selon moi, de connaître l'opinion d'un auteur est de lire son résumé. Voici les conclusions que nous relevons page 1037 ; l'auteur dit : «Telle est notre manière de voir. Tous les effets croyables du magnétisme se sont produits, et tous les effets incroyables se seraient produits, dans les cas où aucune influence magnétique n'a été mise en action, mais dans lesquels l'imagination dans toute son excitation, l'irritation ou quelque impression mentale puissante a opéré ; là ou l'esprit seul a été impressionné, des effets de magnétisme se sont produits sans manipulation magnétique. Quand on a employé les manipulations magnétiques à l'insu du sujet, par conséquent, quand on a opéré sans le secours de l'esprit, on a n'a jamais obtenu aucun résultat ». Peut-on demander plus pour prouver que cet écrivain, tout comme Bertrand, adhère à la théorie de l'imagination ? Ce fut l'impression que me laissa la lecture de ces articles quand ils furent publiés ; de plus l'expérience de Wakley me fit considérer le tout comme une connivence ou une surpercherie, ou plutôt comme le résultat de l'imagination excitée, de la sympathie ou de l'imitation. J'abandonnai donc le sujet comme peu digne de nouvelles recherches, jusqu'au moment où j'assistai aux séances de Lafontaine. J'y vis un fait qui attira mon attention ; l'impossibilité pour un patient d'ouvrir ses paupières. Je restai convaincu que ce phénomène ne pouvait être attribué à aucune des causes admises jusque-là, et je commençai alors des expériences pour éclaircir cette question ; quelques jours plus tard, je présentai mes résultats en public.

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On admet aujourd'hui, à peu près généralement, que pendant l'effort que l'on fait pour regarder un objet très rapproché, il se produit, selon la direction de l'objet, soit un strabisme double interne, soit un strabisme de haut en bas ou de bas en haut également double interne; les pupilles sont, par conséquent, puissamment contractées, je ne sache pas cependant connu le fait que, en dirigeant les yeux sans effort en haut ou en bas, à droite ou a gauche, comme si l'on regardait des objets très éloignés, les pupilles se dilatent fortement, independamment de la qualité de la lumière qui parvient à la rétine ; nous pouvos, de cette manière contracter ou dilater la pupille à volonté. A ceuxqui ne considèrent les mouvements de l'iris que comme l'effet de l'irritabilité, je ferai observer que, d'après eux,

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la première de ces positions augmente l'irritabilité, que la seconde diminue. J'ajouterai encore que, si l'on fatigue fortement les yeux dans une direction quelconque,on aurait comme conséquence la contraction des pupilles.

Il est important de remarquer que, plus l'hypnotisation est fréquente, plus les patients y deviennent accessibles, et cela par l'associationdes idées et par l'habitude; ils deviennent ainsi susceptibles d'être affectés entièrement par l'imagination. Ainsi, ils croient qu'il se passe quelque chose dont ils doivent être affectés, quoiqu'ils ne le voient pas, ils deviennent affectés; au contraire, l'hypnotiste le plus expert s'exercera en vain, si le sujet ne s'y attend et s'il ne s'y prête pas de corps et d'âme.

C'est ce fait lui-même, joint à l'extrème docilité et à la facilité des sujets, ainsi qu'à l'étendue et à la grande rapidité d'action, à une certaine période, des fonctions ordinaires des organes et des sens, y compris la chaleur et le froid, les mouvements musculaires, la tendance des sujets dans cet état à s'approcher ou à s'éloigner selon les impressions qu'ils ressentent, et selon que l'intensité ou la qualité de ces dernières leur est agréable ou désagréable, c'est le fait, dis-je, qui a dû égarer tant d'observateurs, et permettre aux magnétiseurs d'imaginer qu'ils pouvaient produire leurs effets à distance, par la seule volition et par des passes secrètes1.

. J'extrait ce qui suit d'une lettre que je fis publier dans le Medica Times du 26 mars 1842 :
« La prétendue faculté de voir, à l'aide d'autres parties du corps que les yeux, est pour moi un leurre. Il est manifeste, cependant, que certains sujets peuvent décrire la forme d'un objet tenu à la distance d'un pouce et demi de la peau, près de la nuque, du sommet de la tête, près du bras, de la main ou d'autres parties du corps, mais voici l'explication de la sensation qu'ils éprouvent : la sensibilité de la peau, exaltée à l'extrême, leur permet de reconnaître la forme des objets qu'on leur présente ainsi, part la tendance de ces objets à émettre ou à absorber du calorique. Il ne s'agit, toutefois, pas de la vue, mais bien du toucher
» De même j'ai pu me convaincre, ainsi que d'autres, que les patients sont portés à suivre les mouvements de l'opérateur, non par une puissance magnétique particulière inhérente à lui, mais en raison de l'exaltation de leur sensibilité, qui leur permet de discerner les courants d'air qu'ils suivent ou qu'ils évitent, en quelque sorte, selon leur direction. Ce fait est acquis et j'ai montré qu'un patient peut sentir et suivre les mouvements d'un entonnoir de verre mû dans l'air à la distance de quinze pieds.
» Je voulus mesurer exactement l'influence exercée par une patiente sur elle-même, en dehors de l'influence personnelle ou mentale provenant de ma part ; pendant que m'occupais d'autre chose, ma fille pria la patiente de passer dans une autre chambre où elle serait seule et d'essayer de s'hypnotiser elle-même. On vint me dire peu après qu'on avait trouvé la patiente profondément endormie dans mon salon. Je vins la retrouver, lui couvris les yeux d'un bandeau, puis à l'aide d'un entonnoir de verre (dont je me servais pour éviter toute communication électrique ou magnétique de ma personne à la sienne ) je luis fis lever les bras, puis le corps tout entier. M'éloignant ensuite de quinze pieds, chaque fois que je rapprochais l'entonnoir vers moi, elle s'approchait aussi, mais quand j'éloignais rapidement l'instrument de ma personne elle reculait invariablement ; si je le faisais mouvoir latéralement, elle le suivait également à droite ou à gauche. Je fis ensuite manoeuver l'entonnoir, de manière à maintenir le courant vers la porte, et elle me suivit ainsi, les bras étendus et un bandeau sur les yeux, avec la démarche hésitante particulière aux somnambules, jusqu'au bas des escaliers, puis elle remonta avec moi les vingt-deux marches.
»Parvenu au haut de l'escalier, je la laissai debout quelques instants, puis je recommençai mes mouvements d'attraction. Il était évident qu'elle avait conscience des mouvements et qu'elle esssayait de venir, mais elle ne pouvait pas. Je voulus la conduire par la main, mais ses membres inférieurs avaient pris la rigidité cataleptiforme et elle ne pouvait bouger. Je la transportai dans le salon, et, l'ayant assise sur une chaise, je la réveillai. Elle n'avait aucune conscience de ce qui s'était passé, et on ne put lui faire croire qu'elle avait descendu l'escalier - elle était sûre, disait-elle, qu'elle n'aurait pu faire pareille chose sans tomber - et elle croit encore aujourd'hui à une plaisanterie, quand on lui rapelle sa promenade.
» A de nombreuses reprises, cette expérience fut faite avec ce sujet et avec d'autres ; les résultats étaient absolument identiques, à l'ecxeption, toutefois, de la promenade dans l'escalier ; j'ai montré avec qu'elle facilité les sujets dans cet état, pouvaient être mis en mouvement, par d'autres comme par moi; je considère donc comme évident pour toute personne sans parti pris, qu'un patient peut s'hypnotiser lui-même indépendamment de toute influence étrangère ; et que c'est plutôt à cause de l'extrême sensibilité de la peau et de la docilité des sujets, que ces derniers sont attirés par l'opérateur, qu'en vertu d'une attraction magnétique ; enfin le pouvoir de reconnaître les objets tenus près de la peau, en différentes parties du corps, est l'acte du toucher et non de la vue.
» A partir du moment où je vis un professeur célèbre essayer d'attirer un patient, je me formai une opinion quant à la cause de ce phénomène et je compris qu'il résultait de courants d'air produits par la main, en même temps que de l'extrême sensibilité de la peau et de la docilité du patient dans cet état ; mes expériences m'ont fourni des preuves concluentes de la restitude de mes vues, et quelques malades reconnaissent ces faits.
» Il est intéressant de remarquer que, pendant le trajet dans l'escalier, on sonna à la porte: le bruit de la sonnette produisit une telle secousse dans tout l'être de la patiente qu'on eût dit qu'elle allait perdre l'équilibre. Ce fait est analogue à celui que produit un bruit soudain sur des somnambules naturels. »
C'est à cause de l'extrême sensibilité de la peau pendant l'hypnotisme que des sujets peuvent circuler dans une chambre,les yeux badés, sans se heurter aux meubles, - ils sont guidés par la différence de temérature ou plutôt par le degré de conductibilité des objets et par la résistance de l'air.
J'ai fréquemment montré ce fait chez des sujets très sensibles, et cela d'une façon, à la fois frappante et décisive. Répandez sur une table nue quelque parfum subtil et agréable, les patients s'approcheront, désireux de le respirer, mais ils reculeront avant de venir en contact avec la table froide. Mettez un mouchoir sur la table, disposez le parfum sur le mouchoir, ils s'approcheront tout près et sembleront se complaire dans ses émanations ; enlevez le mouchoir, ils réitéreront leurs mouvements d'attraction et de répulsion. Ces faits ont été mis puissamment eb relief dans une de mes séances particulières, en présence de plusieurs célébrités scientifiques et médicales. Deuxsujets furent hypnotisés ; l'un dux, attiré par l'odeur d'une tabatièreque portait un des assistants, se mit à le suivre autour de la chambre. La tabatière fut osée sur une table nue, à la distance environ de dix-huitpouce du bord. Le sujet, une dame, avança alors les bras étendus, comme pour prendre la boite, mais arrivée à dix ou douze pouces, et percevant à cettedistance une impression de froid, provenant de la table, elle recula. Toujours attirée par l'odeur de la tabatière, elle fit un nouvel effort pour s'en approcher, mais fut encore repoussée par la table froide avant d'y arriver ; puis ce fut une série d'essais, la patient approchant et reculant et me rappelant assez le spectacle d'un chien affamé, qui veut manger un aliment trop chaud? L'autre patiente patiente, circulant autour de la table, remarqua aussi l'odeur de la tabatière, et avança d'un autre côté ; toutes deux s'unirent alors dans leurs mouvements progressifs et rétrogrades ayant la boite pour objectif, et cela au grand divertissement de toute l'assistance. J'étendis sur la table un mouchoir, et je mis la tabatière dessus ; à l'instant elles s'approchèrent tout près et ne parurent occupées que de jouir du parfum qui s'en échappait ; j'enlevai le mouchoir, elles recommencèrent leurs mouvements de va-et-vient comme auparavant. La première de ces patientes n'avais jamais vu d'expérience sembleable, et c'était lapremière fois qu'on la soumettait à ces épreuves.

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Il serait difficile de produire un exemple plus frappant que le suivant, pour prouver que les phénomènes proviennent de la fixation de l'esprit et des yeux, de l'état général de repos du patient, et non de l'imagination, des regards et de la volonté d'autrui. Après ma conférence dans « Hanover Square Rooms » à Londres, le 1er mars 1842, une personne vint dire à M. Walker, qui était avec moi, qu'elle désirait me parler, et qu'elle me priait d'essayer si je pourrais l'hypnotiser. Elle souhaitait fort de pouvoir être affectée, et tel était aussi le souhait de ses amis, mais

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ni Lafontaine, ni d'autres qui avaient fait la tentative, n'avaient pu réussir à l'endormir. M. Walker répondit au visiteur que j'étais occupé et le pria de s'asseoir, lui disant qu'il allait l'hypnotiser lui-même dans un instant. Je vins dans la chambre peu après, et je pus observer ce qui se passait. Le sujet était assis, fixant les yeux sur le doigt de Walker, qui se tenait debout, un peu à droite du patient et ne quittait pas du regard les yeux de ce dernier. Je ne faisais que passer, étant occupé à autre chose ; puis revenant un peu plus tard, je trouvai, M. Walker dans la même

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position, profondément endormi, son bras et son doigt dans un état de rigidité cataleptiforme, et le sujet éveillé, fixant toujours le doigt de l'opérateur. Quand j'eus réveillé M. Walker, le patient remarqua qu'il était était très étrange que personne ne pût le mesmériser : « Je dois posséder un pouvoir de résistance extraordinaire, » dit-il. Je le priai d'attendre un peu, lui disant que j'allais essayer, quand tout serait tranquille. En trois minutes, je l'avais endormi et, en un instant de plus, il devenait rigide. Je crois que mon succès, après l'échec de M. Walker, peut être attribué aux raisons suivantes : M. Walker, avait essayé d'opérer

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en présence de plusieurs personnes qui allaient et venaient dans la pièce, en causant. J'eus soin de ne commencer quand tout fut tranquile. Il n'avait pas pris la précaution de diriger les yeux de son sujet dans le meilleur sens possible ; j'eus soin de ne pas négliger ce point. De plus, quoique M. Walker n'eût pas réussi à l'endormir, il l'avait sans doute, affecté en partie, et l'influence de la première ne s'était pas encore entièrement dissipée quand je commençai mon opération. Deux jours après, M. Walker m'accompagnait dans une visite que je fis à l'un des plus célèbres magnétiseurs de l'Europe. Ce dernier, pendant notre conversation, dit que dans bien des cas, il suffisait d'un regard pour produire les effets magnétiques. Il voulait, je crois, nous surprendre, M. Walker et moi, et tenait ses grands yeux intelligents fixés sur M. Walker.

Cependant, celui-ci, soupçonnant son intention, et connaissant mon opinion quant à la manière de résister à l'influence d'une telle fascination, tint ses yeux et son esprit en mouvements ; il frustra ainsi les efforts de l'un des caractères les plus énergiques, et se déroba à l'influence fascinatrice des deux plus beaux yeux que l'on puisse imaginer à cet effet. D'ailleurs M. Walker fut une fois magnétisé par M. Lafontaine, après avoir été opéré plusieurs fois par moi-même, circonstance qui, naturellement, le rendait plus susceptible à l'influence du mode d'opération du magnétiseur. Si M. Walker avait eu foi dans la puissance du personnage à qui nous faisions visite, il aurait certainement été impressionné, même à défaut d'intention expresse du magnétiseur et je ne suis pas autorisé à affirmer qu'il y avait réellement intention. Mais M. Walker crut fermement que le magnétiseur tentait de le fasciner ; il se rappela mes idées et échappa à cette influence. Quelques temps plus tard, afin de montrer l'efficacité de ma méthode si simple, et en présence de ce même personnage, je priai M. Walker de s'hypnotiser lui-même. En fixant simplement ses yeux et son esprit, il s'endormit environ dans l'espace d'une minute.

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novembre 2002 © Serge Delègue

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