A Propos d'Hypnose Métaphore >>> Humeur>>>
Hypnose, douleur et soins palliatifsL'utilisation de l'hypnose comme moyen de lutte efficace contre la douleur est ancienne et son action est bien établie. Historiquement, ce fut d'abord contre la douleur aiguë, celle de l'intervention chirurgicale, puis contre la douleur chronique qu'elle fut utilisée.
Il me semble nécessaire de souligner que si la reconnaissance de l'efficacité des outils psychothérapeutiques est chose souhaitable, la "psychologisation" des douleurs en est une autre.
Les discours médicaux ambiants construisent, comme tous les discours, des "réalités". Les discours médicaux, qui ne que ceux des médecins, loin s'en faut, ont quelques termes très à la mode. En ce moment nous voyons fleurir les "soins palliatifs", "l'accompagnement aux mourants" ainsi que la "prise en charge de la douleur".
L'hypnose nous rend sans doute plus sensible à cette construction des réalités par les
discours. Nous faisons même l'hypothèse (avec beaucoup d'autres) que c'est le mécanisme
essentiel à l'origine des phénomènes hypnotiques.
L'approche éricksonienne sensibilise au paradoxe: un discours bien intentionné risque de
provoquer un effet contraire. Prudence! "L'enfer est pavé de bonnes intentions"!
Une certaine illusion technique, celle de la toute puissance de la technique médicale, tend à répandre l'espoir naïf que la mort et la souffrance peuvent bénéficier d'une réponse médicale qui rendrait admissible et facile la première et verrait disparaître la seconde.
"L'accompagnement des mourants", les services hospitaliers de "soins palliatifs" permettent fort heureusement d'apporter une solution à de nombreux problèmes rencontrés par la personne mourante. Ces soins peuvent ainsi aider à une diminution de la douleur, une prise en charge des soins corporels, une aide aux actes de la vie quotidienne (marche, hygiène, alimentation, etc).
Ils sont une réponse partielle aux difficultés du mourant mais en aucun cas une réponse à la mort. La différence n'est pas négligeable. Pourtant ils sont fortement plébiscités par notre société qui oublie trop cette différence. L'aide médicalisée aux mourants n'est pas une réponse à la mort. Elle est une aide qui s'adresse autant au mourant qu'à son entourage.
Certes, ces soins spécialisés sont encore en quantité insuffisante. Il y a tout de
même, me semble-t-il, un décalage entre leur rôle et la vigueur sociale de la demande. Le
même décalage est observé pour la prise en charge de la douleur. Peut-être nos
concitoyens en attendent-ils plus, trop?
Les services hospitaliers de soins palliatifs ont un autre rôle: les mourants ont leur
structure spécifique de soins adaptés. Cela rassure-t-il les "vivants"?
Cela permet dans tous les cas d'éviter de penser à deux évidences fort désagréables:
Premièrement, tous les "vivants" sont des mourants, et deuxièmement, la question de la
mort ne se résout pas avec celle de la douleur et de la souffrance. La Mort reste la Mort
même si elle est indolore.
Même en préservant la fameuse "dignité humaine", la mort reste le terme de la vie
humaine (et la dignité part avec) et il n'est pas indigne de mourir sans dignité.
En ce qui concerne la douleur, le rôle déterminant des progrès médicaux dans la
disparition de la douleur est maintenant suffisamment répété, voire même chanté comme un
nouvel hymne. Il n'y aurait plus aucune raison de souffrir.
Les responsables de la santé, les journalistes, les spécialistes de la douleur (etc.)
sont unanimes: aucune douleur n'a aujourd'hui sa raison d'être. S'il y a souffrance,
c'est qu'il y a erreur: soit le médecin est incompétent, insuffisamment formé, soit le
soin proposé n'est pas adapté et il faut en trouver un meilleur.
En voie de répondre à la question de la mort, notre société aurait vaincu la
douleur.
Pourtant, il suffit d'ouvrir un peu les yeux (et les oreilles) pour réaliser la banalité de la souffrance physique.
Cette illusion a des conséquences néfastes facilement observables. En devenant inadmissible, inacceptable, la douleur physique devient une souffrance morale. De plus en plus nombreux sont les malades qui finissent par consulter un psychologue ou un psychiatre pour une douleur organique. Malgré un parcours médical où ils ont rencontré toutes sortes de spécialistes très compétents, ils ont toujours mal. Imprégnés du discours social ambiant, ces patients deviennent irritables, revendicatifs, anxieux. Le médecin trop souvent fier de son savoir et surtout lui-même imprégné de ce discours finit par en arriver à deux conclusions logiques: si son malade souffre toujours c'est qu'il manque de compétence, il est responsable; ou alors, il existe une "part psychologique" à la douleur présentée par son patient. Malgré un "support organique avéré, "psychologiquement", "inconsciemment", le patient fabrique cette douleur et est donc le responsable. Nous savons bien qu'aujourd'hui il y a obligatoirement un responsable à toute souffrance.
Je suis un peu (à peine) caricatural. Lorsque le médecin rejette sa responsabilité, après des formations ad hoc, des avis de confrères plus spécialisés, celle-ci échoit trop souvent au malade. Ainsi culpabilisé par son médecin (même si cela reste implicite), le malade douloureux termine sa course au soulagement chez le "psy".
Que doit faire ou que peut faire le psychothérapeute?
La première démarche est à la fois simple et essentielle. Il faut accepter la parole du
patient: il souffre. Avant de proposer une nouvelle réalité au patient, il faut d'abord
accepter la réalité qu'il présente. Il n'est pas question de responsabilité (consciente
ou inconsciente) mais plus simplement d'une réalité douloureuse.
Puis il faut faire passer plus ou moins directement ce message: arrêter de croire ce que l'on vous raconte, la douleur existe toujours. Ce n'est ni le fait d'une erreur médicale, ni de votre faute. Il en a toujours été ainsi et cela le restera sans doute encore longtemps.
C'est en acceptant la réalité que le thérapeute éricksonien aidera son patient en lui proposant une nouvelle réalité.
Mais avant tout, halte aux inepties!: Les souffrants ne s'en porteront que mieux. Contrairement aux dinosaures la douleur n'a pas disparu....