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Vers accueil A Propos d Hypnose MetaphoreDu rififi chez les «psy» français...

À propos de l'amendement Accoyer

Mais que se passe-t-il en ce mois de novembre, déjà si riche en actualité ? Voila qu'arrive sur mon poste de radio et dans les pages de mes journaux une armée de «psy», si ce n'est en colère, tout au moins en émoi.

Une petite loi toute simple fait pousser de grands cris.

Monsieur le Député Bernard Accoyer arrive enfin à soumettre aux députés une loi minimaliste qui se propose juste d'éviter, comme c'est le cas actuellement, que n'importe qui puisse s'affubler du titre de psychothérapeute lorsqu'il propose ses bons services à la population. Oh, cette loi n'exige que fort peu de choses et pas de panique messieurs et mesdames les psychothérapeutes : pas la moindre ébauche de la plus petite preuve d'une quelconque et minuscule efficacité n'est exigée (une horreur ce terme d'efficacité, d'un si bas utilitarisme pour des gens aussi nobles et spirituels que nos «Psy» qui, rappelons le, sont les « meilleurs du monde »...).

En fait avec cette nouvelle loi, il s'agit seulement de vérifier que le psychothérapeute a fait des études de psychologie ou de psychiatrie, ou qu'il ait un peu d'expérience professionnelle et une compétence minimale dont il puisse justifier. Le but espéré étant d'éliminer quelques allumés en relation avec des forces telluriques, extraterrestres ou célestes, proposant des soins naturels ou énergétisants. Ne rêvons pas, il en restera beaucoup, n'étant pas acquis que les études de médecine ou de psychologie prémunissent contre la malhonnêteté ou la connerie.

En attendant, sur ma radio préférée, celle qui me tient compagnie pour aller au boulot, j'entends de très grands «Psy» vilipender avec une véhémence coléreuse à peine feutrée d'homme du monde cette loi dite « Accoyer ». Cela suscite beaucoup d'explications. A côté des triviaux « lobby des psychiatres », « médicalisation de la société » que tout le monde peut comprendre viennent sur nos médias nationaux de beaucoup plus raffinés « clinique du sujet », « désir du thérapeute », et de subtiles problématiques sur la résistance à la « psychodynamique » et les liens entre « Loi » et « Psychanalyse ».

Que le lecteur n'entendant pas grand chose à ce vocabulaire technique, ces débats d'écoles et tous ces concepts certes riches d'histoire et d'enseignement se rassure : là n'est ni le problème ni la question.

Ces grandes et nobles idées exposées à nos citoyens ne sont là que pour dire le rejet d'une législation quelconque sur les psychothérapies (sauf si .... voir plus loin) et pour convaincre que cela est beaucoup trop subtile pour un député quelconque ou un citoyen lambda.

Les craintes des «psy» sont en fait très simples à comprendre.

Il y a peut-être un métier de psychothérapeute, mais il existe de multiples psychothérapies. L'enseignement, la validation des formations, la distribution de titres ou de diplômes en matière de psychothérapie ou de psychanalyse n'est pas du ressort de l'Université (ou très peu) ni de l'état avec sa loi, mais du domaine d'associations, de fédérations, de syndicats et de groupements privés divers et variés avec des systèmes de valeurs, de formation, de validation, etc. qui leur sont propres et reconnus d'eux seuls. Celui là exigera dans sa validation la pratique d'une psychanalyse personnelle et non celui-ci, tel autre demandera la rédaction d'un mémoire, où la présence à des cours, à des séminaires. Il n'y a qu'un seul point en commun à toutes ces « écoles » : elles ne sont pas gratuites (mot encore plus vulgaire que celui d'efficacité déjà rencontré).

L'enjeu essentiel de tout ce rififi des « psys » sur nos médias est un enjeu de pouvoir, de prestige, d'argent et seulement accessoirement, presqu'en alibi, de grands principes théoriques piochés dans le corpus de leur discipline psychothérapeutique respective.

Formulé plus clairement, nos grands «psy» viennent nous dire :
«- Pourquoi une loi puisque dans mon école, mon association, nous avons déjà la nôtre. »
«- Et, si vous tenez vraiment à une loi , d'accord, mais prenez la mienne : L'usage du titre de psychothérapeute est strictement réservé à celui qui a suivi MA formation... »

Exagération, caricature, ou réellement, une simple histoire de pouvoir et d'argent ?

Aurai-je oublié les réactions virulentes et argumentées des « grands Psy » sur nos médias français lorsqu'en 1993 le terme de Psychothérapeute faisait son entrée silencieuse dans le corpus juridique français?

N'y avait-il eu aucune protestation ? Y a-t-il eu un grand débat d'idées sur le problème théorique d'une possible législation sur la psychothérapie ? A l'époque, il s'agissait d'exonérer de la TVA « les soins dispensés par les psychologues, psychanalystes et psychothérapeutes titulaires d'un des diplômes requis pour être recruté comme psychologue dans la fonction publique hospitalière.» Ni problème, ni inquiétude, la contrainte d'une aptitude à un exercice hospitalier pour les psychothérapeutes n'avait pas suscité tant de polémiques théoriques. Il n'y avait pas de conditions liées au titre de psychanalyste.... Il était à ce moment bien inutile de se poser de grandes questions comme de savoir s'il est légitime d'affirmer que le psychanalyste dispense un soin. Les grands « psy » pouvaient laisser passer cette hardiesse du législateur car une bien plus haute vérité était sous-entendue : un sou c'est un sou !

P.S.
A celui que j'ai entendu sur mon petit poste radio, dont j'ai oublié le nom, mais qui, à ce que j'ai cru comprendre, était, à la manière du Dalaï Lama, la réincarnation de Freud puis de Lacan, et qui faisait de la psychothérapie une petite descendante historique de la psychanalyse, je précise qu'il n'en est absolument rien. Quand au XIXème siècle, la psychothérapie, cette nouvelle forme de soin prodigué par le truchement de la parole, connaîtra rapidement le vif succès que nous lui connaissons, la psychanalyse n'existait pas encore, et à ce moment il s'agissait d'hypnose. L'hypnose est à l'origine de la psychothérapie.
Encore un qui croit connaître l'histoire de la psychothérapie parce qu'il a en tête toutes les dates de son curriculum vitae.

- Novembre 2003 - Serge Delègue

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