Malgré la diversité des écoles, avec leurs différentes conceptions du phénomène hypnotique, un consensus relatif permet une description assez homogène du phénomène hypnotique classique. Le vocabulaire utilisé est surtout pratique et pédagogique. Cela ne doit pas dissimuler que ces termes sont imprégnés de présupposés théoriques., Ils ne sont que des métaphores servant à décrire l'impression clinique du thérapeute. Ce sont en fait des descriptions partiales qui supposent une conception théorique implicite de l'hypnose.
C'est la première étape du processus. Elle doit permettre au sujet d'entrer dans un état hypnotique. La durée de l'induction est très variable, de quelques secondes à plusieurs minutes, voire même, plusieurs heures.
Les techniques d'inductions utilisées par les hypnotiseurs sont variables selon les époques et les différents courants de pensée. Ils existent des techniques rigides et standardisées ou au contraire des techniques plus souples qui s'adaptent au sujet qu'il s'agit d'hypnotiser.
La fixation prolongée d'un point lumineux est une technique célèbre qui se répand pendant la deuxième moitié du 19ème siècle.
La profondeur de la transe peut être légère, moyenne ou profonde. Cela signifie que le sujet est plus ou moins en état hypnotique.
L'hypnose classique définit la profondeur en fonction des phénomènes hypnotiques observés. Ainsi, la relaxation et la fermeture des yeux apparaissent au début du processus hypnotique, alors que l'hallucination est un signe de transe profonde. Certain établissent un lien plus ou moins important entre la notion de profondeur et les signes observés. Il existe même des échelles établissant une succession stricte des phénomènes hypnotiques.
Habituellement les principaux signes de transe légère sont la relaxation, la fermeture des paupières, la catalepsie des membres, l'anesthésie et l'analgésie.
Dans les transes dites moyennes on décrit l'amnésie post hypnotique, les distorsions temporelles.
En transe profonde apparaissent les hallucinations visuelles et le somnambulisme.
C'est l'inverse de l'induction. Pendant cette étape, le sujet sort de l'état hypnotique.
La notion même de réveil sous-entend un rapprochement de l'hypnose avec le sommeil. Cela est souvent contesté et certains auteurs préfèrent les termes de " réorientation" ou de " sortie de l'état hypnotique" .
Des phénomènes hypnotiques sont parfois considérés par certains auteurs comme résumant tous les autres signes de la transe. Ils représenteraient l'essence de l'hypnose. Leur description est plus complexe. Nous les nommerons ici signes cardinaux: la catalepsie, la suggestibilité, la dissociation.
C'est un phénomène moteur qui survient fréquemment pendant les transes hypnotiques. Il est surtout observé au niveau des extrémités, particulièrement au niveau des doigts Il se traduit par une tonicité involontaire des muscles, conférant aux membres une spasticité cireuse. La catalepsie peut être généralisée, mais reste le plus souvent limitée à une portion du corps. C'est un phénomène spectaculaire, qui étonne le patient lorsque celui-ci constate par exemple que son bras conserve la position que le thérapeute lui donne.
Pour certains, la catalepsie est un signe d'hypnose légère, pour d'autres, sa survenue, spontanée ou suggérée, est un signe de transe moyenne.
Deux formes particulières sont décrites: La catalepsie des paupières désigne pour le patient l'impossibilité d'ouvrir les yeux, et la catalepsie oculaire l'impossibilité de déplacer ses globes oculaires. Cette deuxième s'observe surtout avec les techniques d'induction utilisant une fixation du regard.
Dans certaines échelles de profondeur de transe, on distingue deux niveaux de catalepsie: la catalepsie par relaxation , où le sujet ne peut plus déplacer ses membres ou la totalité de son corps, et la catalepsie par contracture , avec une hypertonie musculaire.
Enfin pour être complet avec la sémiologie classique, la catalepsie générale se traduit par une spasticité généralisée du corps. Ce phénomène intéresse surtout les hypnotiseurs de spectacle.
La catalepsie est parfois considérée comme un signe cardinal. Cette position a actuellement peu de représentants. L'état hypnotique comme état cataleptique signifie que c'est une situation de passivité globale , à la fois psychique et corporelle. Le sujet hypnotisé n'a plus aucune volonté, aucune initiative et devient le jouet de l'hypnotiseur. Au niveau somatique ( catalepsie corporelle ), cela se traduit par l'immobilité corporelle et le fait que les membres déplacés par l'expérimentateur conservent la position donnée. Au niveau psychologique ( catalepsie psychique ), les idées, les suggestions proposées par l'expérimentateur ne peuvent plus être critiquées et elles sont systématiquement adoptées par le sujet hypnotisé.
Pour Baruk:
la catalepsie:
" ... représente une sidération, ou une inhibition de
l'appareil psychomoteur volontaire, appareil en rapport avec le fonctionnement
entier, non seulement du cortex mais de tout le cerveau" .
" La catalepsie représente le sommeil de la volonté" .
Baruk - L'hypnose . PUF, Paris, 1972.
C'est avec une approche voisine que les élèves de Pavlov comprennent l'hypnose en la considérant comme une " inhibition corticale partielle" . C'est un état voisin du sommeil qui se déclenche dans certaines circonstances, un processus réflexe en réponse à des stimuli. Il y aurait une inhibition corticale d'origine sous-corticale . Ce phénomène existerait dans certaines pathologies, Comprise ainsi, l'hypnose est une sidération des fonctions psychiques supérieures, qui libère des processus réflexes. La principale fonction inhibée est la " volonté" , d'où la notion de suggestibilité censée être à l'origine de l'état hypnotique.
Freud définissait l'état hypnotique comme :
" une sorte de paralysie de la volonté et des mouvements, paralysie résultant de l'influence exercée par une personne toute puissante sur un sujet impuissant, sans défense, et cette particularité nous rapproche de l'hypnose que l'on peut provoquer chez certains animaux par la terreur."
Freud 1921 - Psychologie Collective et Analyse du Moi . in: Essais de Psychanalyse. Payot, Paris, 1950 .
Pour de nombreux auteurs, la suggestibilité du sujet explique tous les autres phénomènes hypnotiques. Autrement dit, hypnose et suggestion sont synonymes.
Pour Bernheim , l'action des suggestions est le résultat d'un processus psychologique qu'il appelle l'idéodynamisme . Ce phénomène naturel traduit la tendance des idées à se transformer en acte ou en sensation, comme l'évocation d'un repas peut provoquer une sensation de faim et des crampes à l'estomac. Bernheim rapporte cette anecdote: après une distribution d'eau sucrée à des malades hospitalisés, on leur expliqua qu'il y avait eu une erreur de flacons et ils avaient absorbé une substance émétique. La quasi totalité des malades eurent des vomissements. L'idée de vomitif avait provoqué l'acte de vomissement.
La suggestibilité et l'idéodynamisme sont des phénomènes normaux chez l'homme. Les inductions hypnotiques serviraient à les augmenter pour que le sujet puisse présenter toute la gamme des phénomènes hypnotiques. L'art des suggestions et celui de l'hypnose sont synonymes dans ces courants de pensées.
Cette conception de l'hypnose-suggestion n'arrive pas à rendre compte de la totalité des phénomènes hypnotiques. Même si la suggestibilité n'explique pas tout, elle n'en reste pas moins un phénomène important en hypnose.
C'est le troisième phénomène pouvant être considéré comme représentatif de l'état hypnotique dans son ensemble. Sa définition est variable , il est possible d'en isoler trois.
Dans la perspective psychodynamique (comme chez Freud et Janet, bien qu'ils n'emploient pas explicitement le mot), la dissociation est une division du psychisme que l'hypnose met en évidence. (conscient inconscient chez Freud et conscient subconscient chez Janet).
" L'étude des phénomènes hypnotiques nous a
habitué à cette conception d'abord étrange que dans un
seul et même individu, il peut y avoir plusieurs groupements psychiques,
assez indépendants pour qu'ils ne sachent rien les uns des autres. Des
cas de ce genre, que l'on appelle " double conscience" , peuvent,
à l'occasion, se présenter spontanément à
l'observation. Si, dans un tel dédoublement de la personnalité,
la conscience reste constamment liée à l'un des deux
états, on nomme cet état: l'état psychique conscient, et
l'on appelle inconscient celui qui en est séparé. "
Freud , 1909- Cinq Leçons sur la Psychanalyse . traduction française Yves Le Lay, Payot, Paris, 1966
Freud trouve le phénomène de suggestion post-hypnotique particulièrement démonstratif pour avancer l'idée d'une division du psychisme en conscient et en inconscient.
" Dans cette expérience, telle qu'elle fut réalisée
par Bernheim, un sujet est placé en état d'hypnose puis
réveillé. Pendant qu'il se trouve dans l'état d'hypnose
sous l'influence du médecin, il reçoit l'ordre d'exécuter
tel acte à tel moment après son réveil, disons une
demi-heure plus tard. Il se réveille, semble être pleinement
conscient et se trouver dans sa condition habituelle; il ne garde pas de
souvenir de son état hypnotique et voici pourtant qu'au moment
déterminé surgit dans son esprit l'impulsion de faire telle et
telle chose, ce qu'il fait consciemment mais sans savoir pourquoi. Comment
décrire le phénomène autrement qu'en ces termes: l'ordre
est demeuré présent dans l'esprit de la personne sous forme
latente, ou encore il a été présent inconsciemment, cela
jusqu'à ce que le moment déterminé vienne, moment
où l'ordre est devenu conscient."
Freud , 1915 Note sur l'Inconscient en Psychanalyse . in: Métapsychologie, Gallimard, 1968 .
Pour Janet , l'hypnose apparaît lorsqu'il y a une diminution de la "pensée intellectuelle" et de la " volonté" .A ce moment va apparaître un fonctionnement psychique subconscient qualifié d'automatique.
La deuxième définition de la dissociation se réfère à l'expérience subjective du sujet: pendant qu'une partie du sujet est engagée dans le processus hypnotique, une autre reste en position d'observateur. Ainsi, dans une remémoration sous hypnose, tout en revivant un souvenir avec les différentes sensations qui l'accompagnent, le sujet reste observateur de ce phénomène et garde à l'esprit le contexte hypnotique de la reviviscence. Tout se passe comme si une partie de lui-même était dans le passé de son souvenir, pendant qu'une autre garde à l'esprit le contexte hypnotique de la reviviscence. Le terme de co-conscience est synonyme.
Contrairement à la première définition où la dissociation du psychisme est constamment présente, ici elle est créée par l'état hypnotique.
" la dissociation princeps consiste en la séparation qu'introduit
le thérapeute dans l'expérience du sujet, entre une partie
consciente de sa personnalité (l'observateur) et une partie inconsciente
qui gère de manière autonome et non intentionnelle l'apparition
et le développement de certains phénomènes
qualifiés par le terme d'hypnotique (l'observé)."
MALAREWICZ J.A. - Cours d'hypnose clinique, études éricksoniennes . ESF, Paris, 1990.
La troisième définition est influencée par la psychologie cognitive . Elle a surtout été développée par les travaux de Hilgard . Elle est appelée néodissociation Dans cette perspective, le psychisme est considéré comme un assemblage de fonctions manipulables par l'hypnose. Cette notion est utilisée dans le traitement des névroses traumatiques pour dissocier le souvenir et l'émotion désagréable qui l'accompagne.
C'est l'oubli du déroulement de la séance. Elle peut être plus ou moins importante, survenir spontanément ou être facilitée par le thérapeute. Elle est classiquement un signe de transe moyenne ou profonde
Le temps de la séance peut apparaître plus long ou plus court
qu'il ne l'a été en réalité.
Cela peut être suggéré plus ou moins directement, en
disant par exemple " Vous savez bien que certaines heures paraissent ne
durer que quelques minutes" . Erickson et Lynn ont particulièrement
étudié ce phénomène de distorsion temporelle.
cf,
ERICKSON H. M. - Hypnotic Alteration of Sensory, Perceptual and Psychophysiological Processes . in: The collected papers of Milton H.Erickson on hypnosis, vol 2, Irvington, New-York, 1980
C'est la possibilité pour le sujet de revivre une expérience de
son passé plus ou moins lointain. La reviviscence passe par les
différents sens, et selon les cas le sujet peut retrouver des images,
des sons, des odeurs, des sensations tactiles. La remémoration concerne
éventuellement des souvenirs oubliés à l'état
d'éveil. C'est grâce à ce phénomène que Freud
et Breuer ont développé la
méthode cathartique
cf,
FREUD S. et BREUER J .-(1895)- Etudes sur l'Hystérie. 4e édition (traduction d'Anne Berman), PUF, Paris, 1956
Elle permet de retrouver des souvenirs précis, en retrouvant des détails que le sujet avait oubliés. Cette technique a été utilisée avec plus ou moins de succès pour aider à préciser des témoignages dans des enquêtes policières. Sa fiabilité est très contestée. L'hypnose permet sans doute de retrouver des souvenirs oubliés, mais elle peut aussi en créer des faux. Erickson a utilisé en clinique cette possibilité en fabriquant des faux souvenirs chez son patient.
Avant l'utilisation du chloroforme, l'hypnose était la seule possibilité d'éviter la douleur lors d'interventions chirurgicales. En 1829, Jules Cloquet utilise le premier cette méthode pour opérer un cancer du sein. Depuis de nombreuses interventions chirurgicales ont été réalisées sous hypnose. Malgré les progrès de l'anesthésie, l'analgésie par hypnose a souvent été utilisée après la deuxième guerre mondiale. L'accouchement sous hypnose et la préparation à l'accouchement avec suggestion post-hypnotique d'analgésie sont des méthodes fréquentes.
Actuellement l'hypnose est souvent utilisée en dentisterie et en petite chirurgie avec des méthodes d'inductions courtes. Elle est encore utilisée pour des interventions plus lourdes.
Elles sont classiquement des signes d'hypnose profonde. Les hallucinations peuvent être de tous types, visuelles, auditives, olfactives, gustatives ou kinesthésiques. Elle peuvent être complexes lorsque le sujet a toutes les sensations correspondant à une scène imaginaire.
Il est parlé d'hallucinations négatives lorsque le sujet ne perçoit pas un objet réel.
Le bras s'élève et reste suspendu sans que le sujet ait le sentiment d'être l'initiateur du mouvement. C'est depuis les travaux de Milton Erickson en 1943, un phénomène souvent utilisé au début de la transe pour suggérer l'apparition des autres phénomènes hypnotiques " tandis que votre bras continue à se lever, vous vous sentirez fatigué, détendu, et vous aurez envie de dormir. Vos yeux se feront lourds..."
Il est défini comme un mouvement idéomoteur , involontaire ou automatique. Il se manifeste le plus souvent au niveau des doigts ou de la tête. Après l'établissement d'un code, il permet de communiquer avec le sujet hypnotisé sans que celui-ci ait à parler. L'hypnotiseur indique oralement le code, par exemple: " Vous pouvez répondre aux questions avec vos doigts. L'index se lèvera pour oui, le pouce pour non, et le médian pour je ne sais pas" .
Les réponses idéomotrices sont typiquement plus lentes et plus saccadées que les mouvements volontaires. Cela permet de vérifier si la réponse est automatique. Une autre manière de vérifier l'automaticité des mouvements est l'énonciation de truismes comme " tout le monde sait respirer" , qui n'exigent pas de réponse volontaire mais provoquent une réaction observable. Le signaling peut être installé très tôt dans la transe et le sujet constate ainsi qu'il répond automatiquement, sans intervention volontaire de sa part. Ce caractère involontaire de la réponse fait parler d'une communication avec l'inconscient.
C'est la possibilité d'écrire automatiquement sans savoir ce qui est rédigé. Tout comme le signaling, elle permet une " communication avec l'inconscient" . En clinique, Erickson a beaucoup utilisé cette possibilité. L'écriture automatique est souvent maladroite, voire illisible, chez les sujets inexpérimentés (cf Hypnotic Investigation of Psychodynamic Processes. in the collected papers of Milton Erickson on hypnosis, vol 3, Irvington, New York, 1980). Bien formée et correctement lisible, elle peut être différente de l'écriture habituelle et volontaire
Couplée avec une régression temporelle, l'écriture prend les caractéristiques de l'âge vécu hypnotiquement ( KROGER W.S, Clinical Experimental Hypnosis, Lippincott compagny, Philadelphia, 1977).
C'est le sentiment de ne plus être soi-même, voire d'être quelqu'un d'autre. Ce phénomène, qui se produit spontanément à minima, est parfois suggéré à des fins thérapeutiques. Certains thérapeutes n'hésitent pas à demander au sujet hypnotisé " ... d'oublier sa propre identité et d'en endosser une autre" Certains faits actuels, comme la multiplication des cas de personnalité multiple (Multiple Personality Disorder) aux Etats-Unis, incitent à une plus grande prudence. Il existe de sérieux arguments qui tendent à montrer que nombre de ces cas sont des pathologies hypnotiques iatrogènes.
La salivation, la diminution de la déglutition, le larmoiement, le ralentissement de la respiration, l'immobilité, la relaxation, la difficulté d'élocution.
C'est classiquement un stade d'hypnose profonde. Le sujet garde les yeux ouverts, il peut agir, se lever, marcher et paraître ne pas différer d'un individu normal. Le somnambule présente volontiers des hallucinations et adopte un comportement qualifié " d'inconscient" différent de son comportement conscient habituel. Le caractère spectaculaire de ces manifestations est utilisé par les hypnotiseurs de music-hall.
Couplé à une régression temporelle, le sujet agit comme s'il revivait une situation de son passé en hallucinant tous les éléments de la scène.
Classiquement, après la sortie de l'état hypnotique le sujet à une amnésie de la transe somnambulique.