Le recul nous montre ce qui nous semble une hypnose archaïque. Ce supposé archaïsme peut être utilisé pour rendre invisible nos archaïsmes modernes et ainsi mieux affirmer une pseudo modernité. Le contraire est à notre avis possible : l'études des vieux maîtres peut nous servir aujourd'hui à mieux comprendre l'hypnose et a enrichir notre pratique.
Braid observe des faits.Il veut se démarquer du magnétisme animal. Pour se faire, il va par exemple démontrer que l'air sorti de sa bouche ou produit par ses mains, a les mêmes effets chez l'hypnotisé,qu'un courant d'air produit par un objet inanimé ; l'hypothèse d'un fuide est donc superflue. (cf Braid page 34)
A partir de Braid, c'est la stimulation qui provoque la réaction par l'intermédiaire de l'appareil neurologique. Dans la description de l'hypnose, c'est le sensoriel avec des sens exaltés, ou endormis et le tonus musculaire qui sont privilégiés. Il montre bien que la possibilité de s'hypnotiser soi même témoigne d'une absence de facteur relationnel fluidique (page 36). Se sont maintenant les centres nerveux qui réagissent.
Nous retrouvons là les deux termes du futur débat : étatistes contre anti-étatistes. A l'époque les tenants du relationnel sont les fluidistes contre les étatistes qui sont "neurologiques".
Avec Bernheim, la suggestion viendra prendre la place du fluide. Un agent relationnel psychologique prendra la place d'un agent physique.
Etatistes ou anti-étatistes (les modernes comme les anciens) se trompent peut-être tout les deux en défendant un modèle unique de l'état hypnotique. En séparant deux groupes de phénomènes hypnotiques, avec des mécanismes et des logiques différents ne devient-t-il pas possible de dépasser la fausses querelles étatistes contre anti-étatistes?
Il s'agit de distinguer le contenu de la transe variable culturellement de son cadre qui signe cette rupture avec l'état habituel. La capacité à passer d'un cadre à un autre, est une capacité différente de celle qui permet d'avoir un contenu au cadre. Cette deuxième est du coté du culturel, elle est liée à l'époque. Elle peut très bien être véhiculée par l'hypnotiseur mais l'hypnotisé aussi apporte un contenu. L'auto-hypnose est elle aussi déterminée, dans son contenu, par l'époque et le contexte culturel. La capacité d'une transe (construction d'un cadre) est indépendante de la forme (le contenu) qu'elle peut prendre. Ce qui est constant dans l'état hypnotique, indépendement des styles, des époques et des théories, c'est le changement, le "recadrage".
Braid observe chez ses patients des faits et, il peut les vérifier. Il n'envisage pas que c'est son modèle hypotique qui produit ces phénomènes. Après le magnétisme, il combat aussi la théorie de l'imagination , mais celle-ci semble attirer son mépris sans qu'il ne propose de véritable contre-argumentation (note bas-de-page page39). Pourtant souvent, à son insu ou sans vouloir aller jusqu'au bout de sa reflexion, il évoque l'importance de la théorie et de l'opinion dans la production du phénomène hypnotique. Dans sa note de bas page il le dit presque en précisant "pour tous ceux qui comprennent la théorie". Il nous semble plus perspicace lorsqu'il combat le magnétisme, et beaucoup plus indulgent avec sa "neurhypnologie" ainsi page 40 ne nous décrit -t-il pas le rôle de l'influence et des idées
Le magnétisme, qu'il rebaptisera, devient de nouveau un sujet digne d'intérêt car après avoir vu une démonstration de Lafontaine, il remarque un sujet qui ne peut plus ouvrir ses yeux et il lui semble que ce phénomène mérite une étude et qu'il ne peut être expliqué par les théories admises ."L'imagination excitée ", la "sympathie" ou "l'imitation" si proche de la "connivence" et la "surpercherie" ne sont plus avec Braid la seule alternative à la théorie magnétique (page 38).
Reconnaissons tout de même à Braid cette clairvoyance et sa rigueur lorsqu'il admet chez le sujet entraîné l'action suffisante de l'imagination, le rôle de "l'association des idées", de "l'habitude", et surtout, le rôle de la croyance. Peut-être qu'il aurait gagner à privilégier la fixation de l'esprit à la fixation des yeux.
La théorie, prédit une série d'évènements, de phénomènes observables. C'est elle qui opère. Elle construit un cadre. Aujourd'hui, la "théorie" a changé, l'hypnose construit un autre cadre, d'autres phénomènes sont plus volontier observés car mieux congruents avec l'époque et l'air du temps (détente confort, moins de phénomènes neurophysiologiques plus de phénomènes psychologiques ou psychiques).
Et c'est bien là que nous préférons placer la spécificité de la transe hypnotique. Ce n'est pas tant une situation où tel ou tel phénomène va s'observer mais c'est un changement de cadre, un passage. Avant la transe le courant d'air n'a pas ses effets, pendant il se met à produire des "effets extraordinaires". La transe hypnotique, c'est cette possibilité de modification des évènements observés en changeant le "cadrage" c'est à dire en changeant la manière avec laquelle nous donnons en sens à ce qui se passe autours de nous.
Une pratique moderne de l'hypnose pourait plus facilement nous faire croire que l"état hypnotique est une sorte de relaxation ou peut entre autre se manifester "une créativité inconsciente". Cela est souvent décrit aujourd'hui comme était observé à l'époque de Braid les effets du courant d'air, mais cela ne nous dis rien sur la spécificité de l'état hypnotique.
Ainsi,les textes anciens, avec toute leur distance avec nos "théories modernes", peuvent nous en apprendre beaucoup plus que certains textes actuels. Avec un peu de recul les choses peuvent mieux être appréhendées.
Le texte de James Braid est paru en 1843. L'édition originale en anglais est disponible sur le serveur de Gallica (BNF). voir la page Gallica
TRADUIT DE L'ANGLAIS
PAR
LE DR JULES SIMON
ANCIEN INTERNE A L'HOPITAL DE ROTHSCHILD
AVEC PRÉFACE
DE
C.E. BROWN-SEQUARD
PROFESSEUR DE MÉDECINE AU COLLÈGE DE FRANCE
"le scepticisme illimité est aussi
bien l'enfant de l'imbécillité que la
crédibilité absolue."
DUGALD STEWART
PARIS
ADRIEN DELAHAYE ET EMILE LECROSNIER, ÉDITEURS
23, PLACE DE L'ÉCOLE-DE-MÉDECINE
1883
Nous proposons ici l'intégralité du chapître 2 : Mode d'hypnotisation.
Ici,les pages sont de tailles très inégales car nous avons restitués les notes de bas de page en bloc alors que dans le livre elles sont écrites sur plusieurs pages successives.
Les mots sont mis en italiques comme dans le texte original.
Ici, les mots ne sont pas coupés par le changement de page.
Je vais maintenant exposer la méthode dont j'use pour provoquer les phénomènes. Prenez un objet brillant quelconque (j'emploie habituellement mon porte -lancette)entre le pouce, l'index et le médius de la main gauche ; tenez-le à la distance de 25 à 45 centimètres des yeux, dans une position telle au-dessus du front que le plus grand effort soit nécessaire du côte des yeux et des paupières pour que le sujet regarde fixement l'objet1 . il faut faire
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entendre au sujet qu'il doit tenir constamment les yeux fixés sur l'objet et l'esprit uniquement attaché à l'idée de ce seul objet. On observera qu'à cause de l'action synergique des yeux, les pupilles se contracteront d'abord ; peu après elles commenceront à se dilater, et après s'être ainsi considérablement dilatées et avoir pris un mouvement de fluctuation, si les doigts indicateurs et médians de la main droite, étendus et un peu séparés, sont portés de l'objet vers les yeux, il est très probable que les paupières se fermeront involontairement avec un mouvement vibratoire. S'il n'en est pas ainsi, ou si le patient fait mouvoir les globes oculaires, demandez-lui de recommencer, lui faisant entendre qu'il doit laisser les paupières tomber quand, de nouveau, vous porterez les doigts vers les yeux, mais que les globes oculaires doivent être maintenus dans la même position et l'esprit attaché à la seule idée de l'objet au-dessus des yeux. Il arrivera, en général, que lesyeux se fermeront avec un mouvemet vibraoire c'est à dire, d'une façon spasmodique. Après un intervalle de dix ou quinze secondes, en soulevant doucement les bras et les jambes, on trouvera que le patient, s'il est fortement affecté, a une disposition à les garder dans la position où ils ont été placés. S'il n'en est pas ainsi, demandez-lui d'une voix douce, de maintenir les membres étendus ; de la sorte, le pouls ne tardera pas à s'accélérer beaucoup, et les membres au bout de quelque temps, deviendront rigides et involontairement fixes. On trouvera aussi que, à part la vue, toutes impressions des sens spéciaux,y compris les sensations
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de chaud et de froid, celle d'activité musculaire ou de résistance et certaines facultés mentales sont d'abord prodigieusement exaltées, comme il arrive dans les effets primitifs de l'opium, du vin et de l'alcool. Toutefois, après un certain moment; cette exaltation fonctionnelle est suivie d'une dépression beaucoup plus grande que la torpeur du sommeil naturel1. Les sens spéciaux et les muscles peuvent passer instantanément, les uns, de la plus profonde torpeur, les autres de la rigidité tonique à la condition opposées d'extrême mobilité et de sensibilité exaltée ; il suffit de diriger un courant d'air sur l'organe ou les organes que nous désiront exciter, ou les muscles que nous désirons rendre souples et qui avaient été dans un état cataleptiforme. Par le seul repos, les sens rentreront dans leur premier état. Je me déclare absolument incapable d'expliquer le modus operandi du courant d'air qui produit des effets aussi extraordinaire, mais je n'ai aucune difficulté à reproduire ces mêmes effets par le même moyen, que le courant d'air soit produit par les lèvres, par un soufflet, par le moyen de la main, ou par un objet inanimé quelconque. L'étendue et la soudaineté de ces transitions sont telles qu'il faut les voir pour en admettre la possibilité.
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Un coup soudain, ou une pression sur un muscle rigide fait cesser l'hypnotisation d'une partie rigide ; mais j'ai trouvé que la pression exercée sur le nez ne rappelle pas l'odorat, à moins qu'elle ne soit douceet prolongée ; un mouchoir pressé contre l'oreille ne rappelle pas non plus l'ouïe, quand cet organe est frappé d'inertie ; il en est de même de la friction douce sur la peau, qui ne ramènera pas la sensibilité endormie, ni ne rendra la mobilité aux muscles rigides sous-jacents (à moins que cette friction, dans sa légèreté, ne soit que de la titillation) et cependant un léger courant d'air ranime instantanément la sensibilité et la mobiité de tous ces organes, et cela jusqu'à un point anormal. Ce fait m'embarasse et m'intrigue à l'excès. Au début je demandais au malades de regarder un objet jusqu'à ce que les paupières se fermassent d'elles-mêmes, involontairement. Cependant j'ai trouvé, dans un bon nombre de cas, que ce procédé était accompagné de douleurs dans les globes oculaires et de légère inflammation dans les conjonctives. Pour éviter ce désagrément, je fais maintenant fermer les paupières l'impression susdite sur la pupille a eu lieu ; je trouve qu'on obtient de bons résultats quand les globes oculaires sont tenus fixés ; grâce à cette méthode, les manifestations douloureuses sont également prévenues.
Si l'on propose de produire chez la personne oérée, l'étonnement qui résulte de l'impossibilité où elle se trouve d'ouvrir les yeux, la première méthode est la meilleure ; les yeux une fois fermés, il lui est en général impossible de les ouvrir, tandis que par l'autre procédé on peut les rouvrir pendant ne période de temps assez longue après qu'ils se sont fermés. Toutefois, dans un but thérapeutique, je préfère le procédé qui ne provoque pas de douleurs dans les globes oculaires.
Enfin, d'après l'analyse exacte de mes nombreuses expériences, j'en suis arrivé à la conclusion suivante : c'est en vertu d'une loi de l'économie animale que, par une fixation prolongée de l'oeil visuel et mental, sur un objet quelconque
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qui n'est pas par lui-même de nature excitante, avec repos absolu du corps et quiétude parfaite à tous autres égards, l'organe visuel se fatigue ; pourvu que les patients favorisent la sensation de stupeur dont ils se sentiront bientôt envahis, plutôt qu'ils ne lui résistent, il se produit un état de somnolence accompagné de cette condition du cerveau ou du sytème nerveux en général, qui les met dans cet état hypnotique, variant selon de manipulation.
L'expérience réussissant chez les aveugles, je crois que ce n'est pas tant par le nerf optique que se fait l'impression que par les nerfs sensitifs, moteurs et sympathiques et par l'esprit. C'est, à mon sens évidemment en vertu d'une loi de l'économie animale que de tels effets suivent de semblables conditions du corps et de l'esprit, aussi je n'ai pas hésité à admettre ce phénomène comme un fait indéniable. Quant au modus operandi, nous ne pourront peut-être jamais l'expliquer de manière à répondre à toutes les objections ; mais il nous est également impossible de dire pourquoi la loi de la gravitation agit comme nous le fait voir l'expérience. Notre ignorance des causes de la gravitation ne nous empêche pas de tirer parti de l'ensemble des faits connus qui s'y rapportent ; de même, notre ignorance à l'égard de la totalité des lois de l'état hypnotique ne doit pas nous empêcher de l'étudier d'une façon pratique et de l'appliquer, quand nous pouvons, dans les cas où il peut-être avantageux.
Je suis convaincu que les phénomènes sont uniquement provoqués par une impression faite sur les centres nerveux, par la condition physique et psychique du patient, à l'excusion de toute autre force provenant directement ou indirectement d'autrui. En effet, chacun peut s'hypnotiser soi même, en suivant strictement les simples règles que j'indique. Le fait suivant, qui me fut communiqué ainsi qu'à deux autres personnes par un instituteur des plus honorables, en est un exemple frappant : il s'aperçut que plusieurs de ses élèves avaient pris l'habitude de s'hypnotiser ;
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Il leur défendit de continuer. Cependant il apprit un jour qu'une élève s'était hypnotisée en regardant un mur et que ses compagnes lui avaient mis une plume en main, avec laquelle elle avait écrit le mot «Manchester;» elle serait fortement sa plume ; de fait, ses doigts avaient la rigidité cataleptiforme. Il lui parla d'une voix douce et l'appela. Elle se leva et s'avança vers lui ; puis étant réveillée, ne put se rappeler qu'elle avait été appelée, ni ce qui s'était passé.
J'ai voulu me rendre compte des modifications qui peuvent survenir par suite d'une altération électrique ou magnétique chez les patients que je fis examiner avant, pendant, et après l'hypnotisation ; mais malgré un examen très minutieux et le secours d'excellents instruments on ne put, découvrir dans leur état aucune différence appréciable. On a hypnotisé des sujets chargés d'électricité positive ou négative, sans que les phénomènes en fussent modifiés d'une façon appréciable ; ces derniers paraissent donc provoqués independamment des modifications électriques ou magnétiques. J'ai aussi à plusieurs reprises, fait pratiquer l'hypnotisation réciproque à deux sujets au même moment et par le contact direct. Comment ce fait pourait-il se concilier avec la théorie d'une influence spéciale transmise et causant les phénomènes, l'électricité positive et l'électricité négative produisant un égal effet ?
On n'est pas sans savoir que parfois les phénomènes d'hypnotisme se manifestent spontanément dans le cours des maladies.
Le rédacteur de The Lancet, l'un des plus grands adversaires du mesmerisme, admet même aujourd'hui, dans son article éditorial du 4 février 1843, que les phénomènes « ne sont étonnant que pour ceux qui ne connaissent pas l'aspect des maladies ;» et « que nous voyons continuellement des malades souffrant d'hystérie et d'affections nerveuses analogues tomber soudain dans différents états de stupeur, de transe et de convulsions, sans qu'on puisse assigner à ces états une cause quelconque ». Si l'on reconnaît
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que de tels effets peuvent résulter d'influences assez légères « pour qu'on ne puisse leur assigner une cause quelconque, » s'étonnera-t-on que d'importantes modifications puissent être provoquées par l'action sur le système nerveux de la manière que j'ai adoptée. La compétence de M. Herbert Mayo n'est mise en doute par personne quand il s'agit de se prononcer sur un sujet physiologique quel qu'il soit ; lui-même s'était laissé hypnotiser en public par moi. Cette autorité a dit, dans le cours de notre correspondance : « Il se développe un sentiment de stupeur qui a tendance à envahir l'individu et que peuvent observer tous ceux qui essaient de regarder fixement un objet de la façon que vous indiquez.»
J'ai cru bon, et pour des raisons énoncées dans l'introduction, d'adopter définitivement la dénomination que j'avais choisie.
Un patient peut-être hypnotisé en tenant les yeux fixés dans une direction quelconque. L'hypnotisation se produit très lentement et très faiblement quand les yeux sont dirigés en avant, très rapidement et très énergiquement quand ils peuvent être maintenus dans la position d'un stabisme double interne et supérieur1.
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On admet aujourd'hui, à peu près généralement, que pendant l'effort que l'on fait pour regarder un objet très rapproché, il se produit, selon la direction de l'objet, soit un strabisme double interne, soit un strabisme de haut en bas ou de bas en haut également double interne; les pupilles sont, par conséquent, puissamment contractées, je ne sache pas cependant connu le fait que, en dirigeant les yeux sans effort en haut ou en bas, à droite ou a gauche, comme si l'on regardait des objets très éloignés, les pupilles se dilatent fortement, independamment de la qualité de la lumière qui parvient à la rétine ; nous pouvos, de cette manière contracter ou dilater la pupille à volonté. A ceuxqui ne considèrent les mouvements de l'iris que comme l'effet de l'irritabilité, je ferai observer que, d'après eux,
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la première de ces positions augmente l'irritabilité, que la seconde diminue. J'ajouterai encore que, si l'on fatigue fortement les yeux dans une direction quelconque,on aurait comme conséquence la contraction des pupilles.
Il est important de remarquer que, plus l'hypnotisation est fréquente, plus les patients y deviennent accessibles, et cela par l'associationdes idées et par l'habitude; ils deviennent ainsi susceptibles d'être affectés entièrement par l'imagination. Ainsi, ils croient qu'il se passe quelque chose dont ils doivent être affectés, quoiqu'ils ne le voient pas, ils deviennent affectés; au contraire, l'hypnotiste le plus expert s'exercera en vain, si le sujet ne s'y attend et s'il ne s'y prête pas de corps et d'âme.
C'est ce fait lui-même, joint à l'extrème docilité et à la facilité des sujets, ainsi qu'à l'étendue et à la grande rapidité d'action, à une certaine période, des fonctions ordinaires des organes et des sens, y compris la chaleur et le froid, les mouvements musculaires, la tendance des sujets dans cet état à s'approcher ou à s'éloigner selon les impressions qu'ils ressentent, et selon que l'intensité ou la qualité de ces dernières leur est agréable ou désagréable, c'est le fait, dis-je, qui a dû égarer tant d'observateurs, et permettre aux magnétiseurs d'imaginer qu'ils pouvaient produire leurs effets à distance, par la seule volition et par des passes secrètes1.
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Il serait difficile de produire un exemple plus frappant que le suivant, pour prouver que les phénomènes proviennent de la fixation de l'esprit et des yeux, de l'état général de repos du patient, et non de l'imagination, des regards et de la volonté d'autrui. Après ma conférence dans « Hanover Square Rooms » à Londres, le 1er mars 1842, une personne vint dire à M. Walker, qui était avec moi, qu'elle désirait me parler, et qu'elle me priait d'essayer si je pourrais l'hypnotiser. Elle souhaitait fort de pouvoir être affectée, et tel était aussi le souhait de ses amis, mais
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ni Lafontaine, ni d'autres qui avaient fait la tentative, n'avaient pu réussir à l'endormir. M. Walker répondit au visiteur que j'étais occupé et le pria de s'asseoir, lui disant qu'il allait l'hypnotiser lui-même dans un instant. Je vins dans la chambre peu après, et je pus observer ce qui se passait. Le sujet était assis, fixant les yeux sur le doigt de Walker, qui se tenait debout, un peu à droite du patient et ne quittait pas du regard les yeux de ce dernier. Je ne faisais que passer, étant occupé à autre chose ; puis revenant un peu plus tard, je trouvai, M. Walker dans la même
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position, profondément endormi, son bras et son doigt dans un état de rigidité cataleptiforme, et le sujet éveillé, fixant toujours le doigt de l'opérateur. Quand j'eus réveillé M. Walker, le patient remarqua qu'il était était très étrange que personne ne pût le mesmériser : « Je dois posséder un pouvoir de résistance extraordinaire, » dit-il. Je le priai d'attendre un peu, lui disant que j'allais essayer, quand tout serait tranquille. En trois minutes, je l'avais endormi et, en un instant de plus, il devenait rigide. Je crois que mon succès, après l'échec de M. Walker, peut être attribué aux raisons suivantes : M. Walker, avait essayé d'opérer
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en présence de plusieurs personnes qui allaient et venaient dans la pièce, en causant. J'eus soin de ne commencer quand tout fut tranquile. Il n'avait pas pris la précaution de diriger les yeux de son sujet dans le meilleur sens possible ; j'eus soin de ne pas négliger ce point. De plus, quoique M. Walker n'eût pas réussi à l'endormir, il l'avait sans doute, affecté en partie, et l'influence de la première ne s'était pas encore entièrement dissipée quand je commençai mon opération. Deux jours après, M. Walker m'accompagnait dans une visite que je fis à l'un des plus célèbres magnétiseurs de l'Europe. Ce dernier, pendant notre conversation, dit que dans bien des cas, il suffisait d'un regard pour produire les effets magnétiques. Il voulait, je crois, nous surprendre, M. Walker et moi, et tenait ses grands yeux intelligents fixés sur M. Walker.
Cependant, celui-ci, soupçonnant son intention, et connaissant mon opinion quant à la manière de résister à l'influence d'une telle fascination, tint ses yeux et son esprit en mouvements ; il frustra ainsi les efforts de l'un des caractères les plus énergiques, et se déroba à l'influence fascinatrice des deux plus beaux yeux que l'on puisse imaginer à cet effet. D'ailleurs M. Walker fut une fois magnétisé par M. Lafontaine, après avoir été opéré plusieurs fois par moi-même, circonstance qui, naturellement, le rendait plus susceptible à l'influence du mode d'opération du magnétiseur. Si M. Walker avait eu foi dans la puissance du personnage à qui nous faisions visite, il aurait certainement été impressionné, même à défaut d'intention expresse du magnétiseur et je ne suis pas autorisé à affirmer qu'il y avait réellement intention. Mais M. Walker crut fermement que le magnétiseur tentait de le fasciner ; il se rappela mes idées et échappa à cette influence. Quelques temps plus tard, afin de montrer l'efficacité de ma méthode si simple, et en présence de ce même personnage, je priai M. Walker de s'hypnotiser lui-même. En fixant simplement ses yeux et son esprit, il s'endormit environ dans l'espace d'une minute.
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