Fréquemment, nous trouvons des suites de situations cliniques supposées nous préciser les "indications de l'hypnose". Par exemple, l'hypnose est indiquée dans l'anxiété, la boulimie, les troubles psychosomatiques, le manque de confiance en soi, etc.
Il est aussi très fréquent de pouvoir lire des listes qui à chaque maladie font correspondre une technique de soin hypnotique. Telle maladie sera assez sensible aux suggestions, telle autre aux techniques de régression temporelle ou de projection dans le futur, telle autre à la dissociation et pour une dernière aux métaphores, etc.
Ainsi, et dans une première approche rapide :
Une telle présentation de l'hypnose, ici très sommairement indiquée, nous apparaît simpliste. Elle a sans doute une utilité pédagogique et nous retrouvons ces "indications de l'hypnose" dans de nombreux manuels classiques d 'hypnothérapie.
En toute rigueur, il est erroné de parler d'indication de l'hypnose en suivant un modèle médical classique comme pour les indications d'un antibiotique. Il y a une raison essentielle à cela : l'hypnose n'est pas tant un contenu de soin qu'une modalité relationnelle. Parler trop simplement des "indications de l'hypnose" en donnant une liste de maladie, c'est comme si l'on disait : une relation médecin malade autoritaire est indiquée dans les angines bactériennes et les méningites virales. Cela n'a pas beaucoup de sens.
Les diagnostics psychiatriques se réalisent avec des classifications des maladies qui peuvent diverger entre elles.
En simplifiant, nous isolons deux courants:
Les termes désignant les pathologies y sont différents et les champs cliniques ne se recoupent pas tout à fait.
Ces deux courants correspondent à des approches différentes : les classifications françaises sont plutôt utilisées par les thérapeutes influencés par la psychanalyse alors que ceux qui ont plutôt une approche neuro-biologique ou cognitivo-comportementale préfèrent les classifications américaines.
Si un médecin dit de son patient "il a fait une attaque de panique" et qu'un autre, pour des manifestations similaires, parle d'une "crise d'angoisse aiguë" ou d'une "crise d'hystérie", d'un point de vue éricksonien cela nous en apprend autant sur le thérapeute (et ses références théoriques) que sur le patient.
Le diagnostic médical (clinique) est très important mais il ne faut pas oublier que les classifications des maladies sont variables avec les époques, les cultures, les théories, les thérapeutes, etc.
Les frontières de certaines pathologies sont floues. Deux thérapeutes se référant à la même classification, ne poseront pas obligatoirement le même diagnostic pour un même patient (notion de fidélité inter-juge des classifications des maladies).
D'un point de vue plus épistémologique, toutes les pathologies ne sont peut-être pas à mettre sur un même plan. L'alcoolisme et la schizophrénie sont certes deux maladies mais l'une est un trouble du comportement avec une dépendance à une substance et l'autre est un ensemble clinique beaucoup plus riche. Il est légitime de se demander pour ces deux cas si le terme "maladie" a la même signification (je pense que non).
L'hypnose par elle-même n'est pas une thérapie (voir Thérapie/ Hypnothérapie ). Il est donc très simpliste de parler "d'indication de l'hypnose" comme s'il s'agissait d'une méthode thérapeutique univoque. L'hypnose mobilise des phénomènes inconstants et non spécifiques (voir le vocabulaire classique et critique) pour permettre la construction de la thérapie. Du point de vue éricksonien les phénomènes hypnotiques sont autant de capacités du patient qui vont être combinées entre elles pour construire la thérapie. Les différentes approches possibles (cognitivistes, systémiques, psychanalytiques, etc.) recoupent l'ensemble du champ psychothérapeutique.
Il est sans aucun doute exagéré ou prématuré de parler d'une clinique éricksonienne comme il peut exister une clinique psychiatrique ou une clinique psychanalytique. Néanmoins pour discuter une "indication de l'hypnose", les cliniques classiques avec leur nosographie doivent être complétées par :
La relation peut être décrite en utilisant certaines notions pour la plupart issues de "l'école de Palo Alto".
En voici quelques unes citées à titre indicatif :
La relation qui s'instaure est déterminante pour poser une indication d'hypnose. Les entretiens préliminaires ont aussi pour objectif de modifier favorablement cette relation. Cet aspect plus spécifique de la psychothérapie éricksonienne est décisif pour la conduite des entretiens et pour utiliser l'hypnose.
Le but de la thérapie n'est pas forcément formulé en terme de guérison. L'optique éricksonienne est pragmatique. L'utilisation de l'hypnose peut viser à améliorer l'état du patient et à atténuer tel ou tel symptôme mais elle peut aussi viser à modifier la relation thérapeute malade, à canaliser la "résistance" du patient (qui par exemple après avoir "résisté" à une suggestion de lévitation du bras pendant l'hypnose acceptera mieux telle prescription de comportement ou la prise de son traitement médicamenteux).
L'hypnose peut s'utiliser chez un malade cancéreux pour diminuer son anxiété, améliorer son confort de vie, diminuer ses douleurs, etc. Pour autant, dire " : le cancer est une indication de l'hypnose" n'a pas beaucoup de sens si l'objectif du soin n'est pas précisé.
Le soin hypnotique propose au sujet de changer une réalité douloureuse et pathologique en une réalité plus confortable. Le passage d'une réalité à l'autre se fait sur le même modèle que celui utilisé pour décrire le passage de "l'état normal" à "l'état hypnotique". voir hypnose / théories de la communication hypnose / Le cadre.
La réalité qu'il s'agit de modifier par le soin hypnotique est
reflétée par le point de vue du patient : sa description des
symptômes et de ses difficultés : ses mots, ses métaphores,
ses explications étiologiques, etc.
Dans certains cas, la vision du patient sur son trouble peut être
très éloignée des approches médicales classiques.
Cette vision (peu importe sa validité épistémologique ou
scientifique) doit être incluse dans le soin hypnotique. Si le patient
pense que son trouble peut favorablement évoluer grâce à
l'hypnose c'est un bon argument pour utiliser cette technique. Une hypnose
centrée sur le corps, la relaxation, la maîtrise de soi, risque
fort d'être inefficace pour un sujet souffrant de crises d'angoisse
aiguë décrites en faisant référence à ce qui
se passe autour de lui (un environnement menaçant, des bruits
assourdissants, des lumières éblouissantes, l'air
raréfié, etc.) et ne parlant pas de manifestations
"internes" (anxiété, impression de mort imminente,
palpitations, etc.).
Il peut aussi arriver que du point de vue du thérapeute (diagnostic) une situation clinique apparaisse peu propice à l'utilisation de l'hypnose mais que du point de vue du patient, sa vision du trouble incite à essayer cette méthode.
Devant une même situation clinique, on peut diagnostiquer un syndrome dépressif mais aussi décrire des difficultés dans le couple, un lien inadapté avec un parent, etc. Une approche différente d'un même problème n'exclut pas les autres. La manière de décrire le problème du patient (implicitement ou explicitement) ne sera pas uniquement le reflet d'une bonne compréhension de la situation. C'est aussi le reflet de l'optique de travail du thérapeute qui délibérément avec son "diagnostic" choisit une manière de décrire la réalité du patient l'estimant plus propice au travail thérapeutique.
Une approche de l'hypnose en fonction des pathologies garde néanmoins tout son sens. Une pratique de l'hypnose qui ne tiendrait pas compte du diagnostic clinique comme un des éléments indispensables du soin est risquée pour le patient (parfois aussi pour le thérapeute).
Un thérapeute évitera d'utiliser sa technique hypnotique dans une situation clinique où il n'a aucune expérience professionnelle. De même, il est souhaitable que la compétence du professionnel pour la pathologie donnée ne se limite pas à sa pratique hypnotique. Par exemple un psychothérapeute ne se lancera pas dans une pathologie douloureuse somatique s'il n'a pas de compétence "extra hypnotique" en la matière, pas plus qu'un spécialiste de la douleur dans le traitement même "hypnotique" d'une névrose traumatique. L'hypnose n'est pas un soin mais un contexte de soin.
Il est donc difficile, en toute rigueur, de proposer une liste de pathologies où l'hypnose est indiquée.
Pour éviter de rencontrer le délicat problème des différentes classifications cliniques en psychiatrie, nous pouvons proposer un schéma simpliste.
Il y a des troubles simples, isolés, facilement décrits par le patient. Les symptômes paraissent ne pas envahir entièrement le fonctionnement du malade (c'est une métaphore). Ce sont par exemple les phobies simples, les troubles isolés des conduites, les troubles apparaissant dans des situations particulières (phobies sociales, relations sexuelles, etc.). Dans ces cas, l'hypnose est plus facile à réaliser et peut sans doute apporter une aide efficace en utilisant des soins classiques (suggestion, métaphore, relaxation, etc.). Bien que cela ne soit pas très rigoureux, l'essentiel du soin peut apparaître comme étant centré sur une pratique et une technique de l'hypnose.
Il y a des situations plus difficiles qui doivent inciter à la prudence voire même à refuser un soin hypnotique. Ce sont celles où la pathologie paraît englober le sujet dans son entier (c'est toujours une métaphore pratique). Ce sont par exemple, les dépressions sévères, les troubles graves de la personnalité, la schizophrénie, la paranoïa, etc. Si l'hypnose est utilisée dans ces circonstances, elle doit l'être avec beaucoup de prudence, peu de prétention, et surtout, elle doit apparaître comme un des éléments de la réponse thérapeutique intégrée dans un soin plus complexe (médicamenteux, psychothérapeutique, institutionnel, etc.).
Enfin l'approche éricksonienne évite les a priori et favorise une approche empirique. En pratique le thérapeute peut accepter d'utiliser l'hypnose dans une situation supposée peu propice mais il commencera prudemment (avec par exemple une hypnose "légère" proche de la relaxation) et ajustera son soin et sa technique non pas en fonction de ses a priori théoriques mais en fonction de ce qu'il observe pour un patient donné.