Hypnothérapie?


 

Le terme hypnothérapie est d'une utilisation relativement récente. Nous n'avons pas trouvé la date de sa première utilisation, mais il apparaît dans les publications américaines de l'après deuxième guerre mondiale (hypnotherapy). Il est actuellement très utilisé.

Si l'hypnose peut légitimement revendiquer le titre de la plus ancienne technique psychothérapeutique, elle ne constitue pas pour autant un champ homogène. Elle est constituée d'un empilement de techniques hétérogènes qui appartiennent à des domaines différents, voire à des approches totalement opposées. Chez un même thérapeute, nous pouvons trouver pêle-mêle l'utilisation de techniques comportementales, cognitives, psychanalytiques, sans que le passage d'un registre à un autre soit apparement repéré.

L'utilisation de l'hypnose est le seul ciment retrouvé dans les traités d'hypnose clinique actuels. C'est un ciment bien fragile car il n'existe aucune théorie ni aucune description de l'hypnose admise par tous. Il existe certes des modèles théoriques. Aucun n'est confirmé, et certains sont même infirmés par l'expérimentation. Néanmoins, ils cautionnent les pratiques hypnothérapiques.

 

Que peut bien signifier le terme d'" hypnothérapeute" ? Quelqu'un qui utilise l'hypnose? Cela ne fait que déplacer la question. Alors au moins, est-ce quelqu'un qui utilise un ensemble de moyens rassemblés dans un corpus plus ou moins homogène? Ce n'est pas non plus le cas.

Le terme d'hypnothérapeute, tout comme celui d'hypnothérapie, ne désigne absolument rien de précis. C'est ce qu'exprime J.A. Malarewicz dans son "cours d'hypnose clinique":

" L'hypnose, en elle même, n'est pas une thérapie. Elle est un des outils que peut utiliser le thérapeute face à telle situation en fonction de son expérience, de la spécificité de cette situation et, enfin, selon la demande du patient. En ce sens, elle n'est rien de plus qu'un autre instrument d'intervention. Autrement dit, elle exige une technicité particulière qui ne se réduit pas à l'induction de la transe hypnotique"
MALAREWICZ J.A. - Cours d'Hypnose Clinique, Etudes Ericksoniennes . ESF, 1990.

L'étude des phénomènes hypnotiques ne permet pas de construire une théorie qui pourrait servir de base à leur utilisation thérapeutique. Avec une approche descriptive, l'hypnose reste trop ambiguë et difficilement définissable. Phénomène relationnel, son visage s'est considérablement modifié avec les époques, les cultures et les présupposés des expérimentateurs. Protéïforme, elle donne l'impression de toujours se manifester en donnant raison à la théorie du praticien qui l'utilise. Ce phénomène aussi peu exigeant, semble pourtant ne pas pouvoir être réduit à une simple suggestion.

Il faut envisager les "théories" dans leur perspective historique et sociale. Etre la plus ancienne psychothérapie a sans doute des avantages mais cela constitue aussi une entrave. Le poids du passé avec ses préjugés est particulièrement lourd. Derrière des théories modernes se cachent des archaïsmes.

Malgré des fondements fragiles, l'hypnothérapie tend à se constituer en discipline autonome. Elle dispose de moyens et d'outils pratiques utiles en thérapeutique notamment en psychiatrie.

L'hypnothérapie oscille entre deux pôles:

- Instrument de savoir et de vérité, elle donnerait accès aux mécanismes psychiques inconscients du sujet.

- Instrument de pouvoir, elle permettrait au médecin d'influencer le malade et de le diriger vers la guérison.

Aucune de ces deux tendances ne semble fiable. L'hypnotisé peut mentir et les vérités produites sont sujettes à caution. L'image classique de l'hypnose semble s'accorder beaucoup plus de pouvoir qu'elle n'en détient réellement. Son influence ne s'exerce que dans la mesure où elle est permise par le sujet.

En pratique, l'hypnothérapie reste un assemblage hétérogène de concepts et de méthodes empruntés aux disciplines voisines. Elle mélange pêle-mêle le comportementalisme, le cognitivisme, le systémisme et la psychanalyse. En attendant une hypothétique unification de cette discipline, le terme d'hypnothérapie nous parait prématuré. Il est préférable de rester flou en disant qu'il existe des thérapeutes utilisant l'hypnose dans leurs psychothérapies.

Les approches qui font l'économie d'une théorie psychologique supposée vraie nous paraissent d'un point de vue pratique, épistémologique et éthique préférable. Pour guérir, toutes les théories sont bonnes à prendre surtout si elles ont l'air fausses.

Pour résumer et introduire la question essentielle, celle de l'éthique, nous citons le Docteur Dominique Megglé:

"La quantité d'outils efficaces de communication contenus dans la boite à outils de l'hypnose, le nombre et la diversité des tactiques utilisables lors de la besogne thérapeutique ont de quoi donner le vertige. Adieu la sécurité que procuraient les théories psychologiques universelles du comportement humain qu'il suffisait d'appliquer de manière stéréotypée ! Adieu aussi la monotonie et l'ennui. La multiplicité des possibilités offertes par l'approche éricksonienne reflète celle des besoins humains, respectés tels quels, reconnus tel quels, appréciés tel quels."
Dr Dominique Megglé. Erickson, hypnose et psychothérapie . Retz, 1998.

- 1994 - mai 1999 -

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