Les théories de la communication et l'hypnose.

 


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De nombreuses voies de recherche ont été proposées pour étudier l'hypnose, mais peu d'entre elles ont été développées. Néanmoins, l'école de "Palo Alto" sous l'influence de Milton Erickson a particulièrement étudié la communication hypnotique. Trois voies peuvent être isolées.

 

Une description de la communication hypnotique.

La première voie permet une meilleure description de la relation hypnotiseur-hypnotisé grâce à l'utilisation de certains concepts comme les notions de circularité , d' analogique/digital , et surtout la notion plus complexe de double-lien

cf WATZLAWICK P., HELMICK BEAVIN J., JACKSON DON D . -(1967)- Une Logique de la Communication . Seuil, 1972.

Le double-lien est dès sa première description proposé comme pouvant rendre compte de l'ensemble de la situation hypnotique.

BATESON G. -(1972)- Vers une Ecologie de l'Esprit. (Traduit par Drosso F, Lot L. et coll.). Seuil, 1980.

A notre connaissance une étude de l'ensemble du phénomène hypnotique à partir du seul double-lien n'a pas été effectuée. Ce concept n'est utilisé que pour décrire une technique de communication paradoxale pouvant parfois être pratiquée par l'hypnotiseur et plaçant le sujet dans une situation de choix illusoire. La relation hypnotique dans son ensemble serait-elle un paradoxe de la communication auquel le sujet ne pourrait pas répondre du fait de son acceptation initiale du cadre hypnotique? Dans cette situation, le sujet ne peut plus métacommuniquer et ne peut plus sortir du double-lien. La solution la plus simple devient la production du phénomène hypnotique.

Le langage hypnotique.

La deuxième voie ouverte par l'école de Palo Alto est beaucoup plus étayée. Elle est surtout le fait du travail de Paul Watzlawick . Elle permet la description de deux langages opposés correspondant à deux types d'opérations cognitives.

Des arguments neurologiques semblent plaider en faveur d'un substratum anatomique, et il est habituel d'utiliser les termes de langage "hémisphérique droit" et de langage "hémisphérique gauche. Selon cette hypothèse, les deux "cerveaux" traitent l'information selon deux modalités différentes. La corrélation entre les structures anatomiques et les deux modalités de traitement de l'information est très controversée. Nous utilisons ici les termes de "cerveau droit et gauche" sans préjuger d'une éventuelle localisation anatomique mais comme des métaphores descriptives du langage.

Le langage du "cerveau droit" ; privilégie le canal analogique. Les signes gardent un rapport avec ce qu'ils signifient. Le "cerveau gauche" , au contraire, permet le traitement digital de l'information. Les signes utilisés sont liés aux signifiés par un code arbitraire et conventionnel.
"L'hémisphère gauche" produit le langage scientifique. Il est précis, logique, analytique. Il peut exprimer la négation et les concepts de temporalité comme le futur et le passé.
Le langage "hémisphérique droit" est celui des images, des gestalts. Il communique des émotions plus que des idées, des métaphores plus que des concepts. La temporalité et la négation sont inexprimables avec ce langage car il est affirmatif et intemporel. Il n'est pas possible de représenter le non avec une image sans utiliser de code. Watzlawick donne cet exemple: il est aisé de communiquer par un dessin l'idée d'un homme plantant un arbre mais il est impossible de communiquer l'idée d'un homme ne plantant pas un arbre.

La communication non-langagière, comme la manière de s'habiller, les gestes et les mimiques, est surtout "hémisphérique droite". Le langage parlé est surtout "hémisphérique gauche". La séparation est relative, et nos modalités communicationnelles mobilisent plus ou moins ces deux langages en même temps. Par exemple, une communication utilisant principalement les mots du langage peut présenter certaines caractéristiques du "cerveau droit". C'est à dire la propriété qu'ont les mots d'évoquer des images.

A titre d'exemple, Watzlawick cite le texte d'une induction hypnotique réalisée par Milton Erickson. Le but de celle-ci est de provoquer un ennui pour que l'attention de la personne se détache de l'environnement. A la place d'une verbalisation explicite et digitale, Erickson communique l'ennui en citant un à un tous les éléments du décor. A aucun moment le mot "ennui" n'est utilisé et si la communication évoque ce sentiment, c'est parce qu'elle est ennuyeuse. Ainsi ce n'est pas la relation du signifiant avec le signifié qui véhicule l'idée d'ennui. Avec le langage "hémisphérique gauche" le mot "ennui" n'a par lui-même rien d'ennuyeux, pas plus que le mot "pluie" ne peut nous mouiller.

Watzlawick montre l'existence d'une relation entre le langage hypnotique et le "langage hémisphérique droit". Les figures de styles de l'hémisphère mineur, comme la métaphore, la métonymie, les aphorismes, les ambiguïtés, les sous-entendus permettent au langage de modifier "l'image du monde" du patient et de provoquer une transe hypnotique avec plus d'efficacité. Les hypnotiseurs par exemple évitent l'utilisation de négations (langage hémisphérique gauche) dans leurs suggestions. "Ne faites pas ceci, ne faites pas cela" évoque aussitôt le ceci ou le cela (pouvoir d'évocation hémisphérique droit). Pour suggérer la disparition d'une nausée il est plus efficace de dire "à votre réveil vous aurez une agréable sensation d'appétit", plutôt que "vous n'aurez aucune nausée". Bibliographie:

WATZLAWICK P .-(1978)- Le Langage du Changement; Eléments de Communication Thérapeutique . (Traduit par Wiener-Renucci). Seuil, 1980 .

La construction de la réalité.

Les membres du Mental Research Institut (MRI) de Palo Alto vont à partir des années 70 élaborer un modèle théorique de l'intervention psychothérapeutique, né de l'impulsion théorique de Gregory Bateson et d'une formation à l'hypnose qu'ils ont tous reçue. La pratique hypnothérapeutique de Milton Erickson a exercé une influence décisive sur leur réflexion.

Ce travail n'est pas spécifique à l'hypnose et il a une portée plus générale. Nous le décrivons succinctement ici car nous abordons plus en détail le problème de la construction de la réalité du point de vue d' Erving Goffman pour l'appliquer à l'hypnose. En dépit d'un vocabulaire différent, ces deux approches ont de nombreuses convergences.

La première étape

Ce modèle théorique du MRI est publiée dans l'ouvrage: Changements; Paradoxes et Psychothérapie

A partir de nombreux exemples et particulièrement celui de la situation hypnotique, les auteurs montrent comment les événements prennent leur signification dans un cadre de référence. Un même fait pourra prendre un sens totalement différent s'il est placé dans un cadre nouveau. Les patients attendent d'une psychothérapie qu'elle provoque un changement. Un changement de type 1 conserve le cadre de référence du patient mais modifie le symptôme. Le changement de type 2 modifie le cadre de référence.

De façon très caricaturale cette approche peut s'expliciter ainsi: un patient consulte un psychothérapeute parce que son verre de vin est à moitié vide. Le thérapeute peut accepter son cadre de référence et remplir le verre de vin (changement de type 1). Il peut aussi modifier le cadre de référence et lui faire remarquer que le verre est à moitié plein. De ce point de vue l'hypnose est un changement de type 2, un recadrage, car des faits identiques prennent une nouvelle signification. La lévitation de la main est un phénomène hypnotique qui étonne souvent le patient. Mais qui y a t-il de si étonnant à pouvoir laisser sa main suspendue en l'air? Dans le cadre hypnotique un phénomène aussi banal devient étonnant.

Bibliographie:

WATZLAWICK P., WEAKLAND J., FISCH R. -(1974)- Changements; Paradoxes et Psychothérapie . (traduit par Furlan P.). Seuil, 1975 .

 

La deuxième élaboration

Elle résulte essentiellement du travail de Paul Watzlawick. Elle est résumée dans l'ouvrage La Réalité de la Réalité.

Elle sépare une réalité du premier ordre qui renvoie aux propriétés physiques et réelles des objets et une réalité du deuxième ordre qui résulte de l'attribution d'une signification subjective et valable uniquement d'un certain point de vue. Cette deuxième réalité se fonde sur la communication et elle peut être l'objet de multiples recadrages. Ainsi Watzlawick montre comment la communication humaine participe à la construction de notre image du monde.

L'hypnose devient une technique de communication qui construit une nouvelle réalité du deuxième ordre.

Bibliographie:

WATZLAWICK P. -(1976)- La Réalité de la Réalité; Confusion, Désinformation, Communication . (Traduit par Roskis E.).Seuil, 1978.

 

La troisième étape

Elle est résumée dans l'ouvrage: Les Cheveux du Baron de Munchausen.

Watzlawick tire les conséquences de son modèle et baptise cette nouvelle conception: le constructivisme . Notre réalité est avant tout une construction sociale. Elle s'élabore tout au long de notre existence à partir de notre communication avec le milieu. Les théories chargées de nous aider à comprendre les événements participent en fait à leur construction. Théories et phénomènes s'influencent mutuellement.

En hypnose ce résultat est particulièrement évident. L'hypnotiseur obtient des phénomènes hypnotiques avant tout parce qu'il est convaincu de la possibilité de leur survenue . L'hypnotisé entre dans la réalité de l'hypnotiseur et il n'y a rien d'étonnant à ce que se manifestent "réellement" les phénomènes hypnotiques prévus par la théorie. La formation à l'hypnose doit avant tout permettre au futur hypnotiseur d'obtenir suffisamment de confiance et d'assurance vis à vis de ses possibilités théoriques pour ensuite obtenir les résultats attendus

Bibliographie:

WATZLAWICK P -(1988)- Les Cheveux du Baron de Munchausen. Psychothérapie et "Réalité" . (Traduit par Hacker A.L. et Baltzer M.). Seuil, 1991.

 

Il y a maintenant plus d'un siècle Freud (1891) disait déjà:

"Celui qui aborde l'hypnotisme à moitié incrédule, qui se faisant, se trouve peut-être lui-même tout drôle, qui révèle par sa mimique, sa voix et ses gestes, qu'il n'attend rien de la tentative, n'aura aucune raison de s'étonner de son insuccès et devrait plutôt laisser cette méthode de traitement à d'autres médecins qui sont en mesure de la pratiquer sans se sentir atteints dans leur dignité médicale, parce qu'ils se sont, par l'expérience et la lecture, persuadés de la réalité et de l'importance de l'influence hypnotique.
FREUD S. -(1891)- Hypnose .(Traduit par Cotet P., Bourguignon A. Altounian J., Bourguignon O., Rauzy A.)Revue de Médecine Psychosomatique. 1976, 18, (2):137-145.

1994 - mars 1999

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